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Musique Publié le 21/08/2019

Lives electro : bien plus que de la musique !

Plus question pour les artistes électroniques de ne proposer que de la musique lors de leurs performances live. Entre scénographies monumentales, jeux de lumières élaborés, projections vidéos immersives, spatialisation du son et recherches en tout genre, tous souhaitent se démarquer et capter l’attention de leur public. Nombre de ces créateurs et expérimentateurs seront présents lors de la prochaine édition de Scopitone. Etienne de Crécy qui a été l’un des premiers à s’intéresser à ces nouvelles pratiques et Maxime Dangles - aka DNGLS - passionné de technologie ayant à coeur de tout réaliser lui-même ont répondu à nos interrogations.

Contrairement aux musiques acoustiques et électrifiées qui placent le musicien et sa virtuosité au centre de l’attention, la musique électronique s’est toujours interrogée sur la dimension spectaculaire de ses performances publiques. Aux prémices de la scène actuelle les DJ’s et lives étaient d’ailleurs souvent dissimulés, dans l’ombre, leur musique seulement relevée par de simples jeux de lumières et des projections vidéos anonymes, le spectacle se déroulant bien plus souvent dans la salle, parmi la foule des danseurs. Aujourd’hui, avec la démocratisation de cette culture, un public et des événements toujours plus nombreux, les moyens dont disposent les artistes leur permettent de proposer des expériences plus globales. Avec deux grandes familles :

  • D’un côté, ceux se rapprochant de l’art contemporain, offrant des installations ou des performances immersives dans lesquelles musiques et visuels, souvent très organiques, ne font plus qu’un. Ryoichi Kurokawa, Andreas Lutz, Line Katcho, Maxime Houot ou encore Alex Augier, tous présents lors de Scopitone, font partie de ces aventuriers/expérimentateurs du numérique.
  • De l’autre, les artistes venus du deejaying, de la culture club, dont l’intention première reste la fête et la danse, mais qui souhaitent capter plus profondément l’attention de leur audience. Ainsi Molécule proposera deux lives, l’un dans l’obscurité, focalisé sur la spatialisation sonore, le second invitant les spectateurs à découvrir en image son dernier périple au Groenland. La Parisienne Chloé s’est aussi associée au collectif Scale pour mettre en lumière son dernier album Endless Revision quand l’Américaine Lotic s’est adjointe les services du créateur vidéo Emmanuel Biard. 
     

  
 

“Avec leur pyramide, les Daft Punk ont répondu à mes questionnements”

Invité à ouvrir Scopitone avec son nouveau projet Space Echo le français Etienne de Crécy a été parmi les premiers à bouleverser la scénographie des musiques électroniques. Il y a une dizaine d’années il a fait sensation en s’installant au sein d’un gigantesque cube lumineux. « Je sortais d’une tournée pour mon album Super Discount 2. Les machines étaient posées sur une table, nous n’avions personne pour gérer nos lumières. En voyant les captations vidéo je trouvais ça visuellement catastrophique. Je me demandais comment arranger cela et c’est à ce moment-là que les Daft Punk ont fait leur live à Coachella avec la fameuse pyramide. Quelque part, ils ont répondu à mes questionnements. Je n’avais pas les mêmes moyens, je cherchais quelque chose qui soit à la fois esthétique et économique. C’est ainsi que le collectif 1024 Architecture m’a proposé ce projet de cube qu’ils avaient en gestation. J’ai tourné plusieurs années avec ». 

 


Un besoin de renouvellement

Le goût du challenge, c’est aussi ce qui a motivé le producteur techno Maxime Dangles à changer régulièrement son mode d’expression scénique. Il a notamment donné des performances autour d’un énorme synthétiseur modulaire présenté tel un totem électronique et fascinant le public. Mais aussi monté une tournée LED Live en mode très « do it yourself ». « J’ai tout construit moi-même. A l’époque il n’existait pas de live audiovisuel petit format alors j’ai eu envie de sortir de ma zone de confort. Avec les contraintes qui vont avec : petit budget, pas d’équipe technique, logistique très contraignante. Je l’ai fait pendant un ou deux ans, j’en suis très fier, mais impossible de faire plus physiquement ». Aujourd’hui Maxime revient avec le projet Sonars en collaboration avec le laboratoire BeBest de Brest qui étudie entre autre l’impact des sons sur l’écosystème marin. « Je travaille avec deux autres artistes. On a carte blanche et on a déjà réalisé un super projet pour une exposition. Un dôme géodésique de 13 mètres de diamètre avec son spatialisé et vidéo-projection ». 
 

 

 

Abstraction et illusion d’optique

Etienne de Crécy proposera lui un concert avec pas moins de 13 écrans rotatifs composés de LED. « On reste dans l’abstraction et l’illusion d’optique, ce sont des territoires que j’aime explorer. Alexandre Lebrun de LightLab a inventé le dispositif et j’ai créé les images en collaboration avec l’artiste Armand Beraud. On travaille en même temps les visuels et la musique. J’ai réarrangé mes morceaux spécialement pour que ça colle avec ce nouveau projet. Aujourd’hui ce qui m’intéresse avant tout c’est la représentation sur scène ».


Et si l’avenir de la musique électronique était là ? Dans la création de spectacles, d’installations audiovisuelles, dans le rapprochement avec d’autres disciplines artistiques ? A l’heure où le streaming et ses playlists ont rendu l’historique format album quasiment obsolète, où les revenus provenant des simples enregistrements ont drastiquement baissé, ces nouvelles formes de performances live sont indiscutablement l’une des pistes à suivre. 

 

 

Rédigé par Nicolas Bresson