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Musique Publié le 12/04/2018

hey, ho, let indie go !

En 1956, quand le rock est né, il était indépendant par nature : les premiers enregistrements d’Elvis Presley furent diffusés par une petite maison de disques de Memphis. Mais le rock mit moins de dix ans à se démocratiser, pour devenir une industrie dans le courant des 60’s. Face à l’avènement mondial de la pop au cours des décennies suivantes, de nouveaux genres musicaux allaient émerger, avant d’être classés en "rock indépendant", "musique indé (indie music)" ou encore "musiques alternatives" par une machinerie marketing qui étiquette tout ce qu’elle peut.

 

MAMAN, C’EST QUOI LE ROCK INDÉÉÉ ?

Alors vois-tu, au début, il y avait la musique. Puis, il y a eu l’argent. Il y a donc eu ceux qui voulaient gagner de l’argent avec la musique. On a appelé ça l’industrialisation : l’idée était de vendre chaque titre au plus grand nombre, et pour ce faire, les chansons étaient aussi faciles à retenir que possible. On parle alors de musique mainstream (dans le courant principal). Et puis, quitte à fabriquer et vendre des disques, l’industrie musicale a aussi investi dans des chaînes de télévision, de radios, etc. : pratique pour en faire la pub ! Sauf qu’il y a des artistes à qui ça ne plaisait pas trop, de devoir draguer large et sonner neutre, afin de plaire à tout le monde. Eux, ils voulaient juste faire leur musique, la jouer comme elle venait, sans la standardiser. Et certains publics avaient envie de l’écouter telle quelle. Alors ils se sont dit qu’ils allaient plutôt se débrouiller, et tout faire par eux-mêmes : en anglais, on dit Do It Yourself (DIY), c’est devenu le slogan d’un mode de vie, donnant l’impulsion pour la création d’autres réseaux, avec des disquaires indépendants, des salles de concert indépendantes, des magazines indépendants, et surtout, un public, qui se voulait aussi indépendant.

Nirvana par Renaud Monfourny   Elliot Smith par Renaud Monfourny     
Nirvana par Renaud Monfourny                  Elliot Smith par Renaud Monfourny

 

INDIE OR DIE

C’est la déferlante punk dans la fin des années 70 qui change vraiment la donne : dans une Angleterre en pleine ébullition créative et en pleine rébellion sociétale, il n’est plus question pour les artistes de se plier au circuit des maisons de disques institutionnelles (les majors). La technologie aidant, il est devenu plus facile pour les musiciens de s’équiper, et les mélomanes curieux s’aventurent volontiers dans les méandres de l’underground -qui finira aussi par émerger dans la culture populaire. Afin que les petites productions dépassent leur cadre local, il fallait de nouveaux réseaux de distribution, dont par exemple Rough Trade en Angleterre ou PIAS en Belgique allaient devenir les fers de lance, ouvrant la voie à des milliers de structures indépendantes. C’est ainsi que l’on a pu découvrir de nouveaux styles, expérimentaux, précurseurs, et les diffuser au-delà des niches musicales. Sans eux, pas de Joy Division ni encore moins de New Order (Factory), pas de Pixies ni d’Oasis (Creation), pas de Nirvana (Sub Pop)… Aujourd’hui, c’est sans doute dans le hip hop que l’on retrouve le plus l’esprit du DIY comme condition non-négociable de la création.

  

         

INDIE UN JOUR, INDIE TOUJOURS ?

Évidemment, les grands conglomérats du disque ont assimilé la tendance, en créant (surtout dans les années 1990 et 2000) des sous-divisions qui ressemblaient aux labels indépendants, et en récupérant des artistes qui en étaient issus, ou en reprenaient les codes, quitte à ce qu’ils ne  signifient plus rien. Le meilleur exemple à date est celui de Radiohead, signé en major, qui a fini de gommer la différence entre indie et mainstream en signant chez le tourneur monopolistique Live Nation (une société de production de spectacles et de tournées). Alors, si le rock n’est pas mort, le rock indé est-il plus vivant que jamais ? Si l’on ne peut plus prétendre qu’il soit florissant en termes économiques (dans un monde capitaliste et globalisé, c’est compliqué), on peut en revanche le défendre en tant que genre musical vivifiant, qui ne fait aucune concession dans les étapes de composition et de production. Dans le préambule de son Abécédaire de la Musique Alternative, le journaliste musical britannique Steve Taylor en pose une définition qui mérite réflexion : « On ne peut pas savoir ce qu’est la musique alternative sans savoir de quoi elle constitue l’alternative : et on ne peut pas savoir ce dont il s’agit tant que son alternative n’a pas émergé. » Alors, restons à l’affût !