Logo Stereolux
Arts numériques Publié le 21/11/2017

Exposition Disnovation.org : entretien avec le collectif

A l'occasion de l’exposition présentée à Stereolux du 1er au 17 décembre 2017, nous avons échangé avec le collectif Disnovation.org. Cette exposition propose un ensemble de contre-récits sur l’innovation technologique, présentés à travers une série d’œuvres et de détournements critiques. Le collectif Disnovation.org, groupe de travail initié par Nicolas Maigret et Maria Roszkowska, développe des situations d’interférence, de débat, et de spéculation au croisement entre art contemporain, recherche et hacking.

Comment est né Disnovation.org ?

Maria Roszkowska et moi [Nicolas Maigret] avons initié le groupe, avec à la fois des actions de commissaires d'exposition et des projets artistiques qui ont une dimension de recherche. Nous travaillons dans le domaine des arts numériques depuis une quinzaine d'années. A un moment donné, nous nous sommes rendus compte qu'une part assez importante des pratiques artistiques pouvait être relue comme une instance de vulgarisation et de validation des artefacts technologiques et du discours de l'innovation. Il nous a semblé important de considérer les questions liées aux changements dus aux technologies, au numérique, au réseau, sur la société actuelle, mais aussi à la place que prenaient les artistes, notamment du domaine numérique, dans cet écosystème.

Quelle est votre définition de la disnovation ?

Notre postulat de départ est qu'actuellement le discours positiviste autour de la technologie de l'innovation est une forme dominante, qui pourrait presque s'apparenter à une forme de propagande d'un modèle économique. Elle conditionne aussi les comportements des citoyens. Après une première étape où nous avons essentiellement fait un état des lieux de cette propagande de l'innovation, nous mettons beaucoup d'attention ces dernières années à proposer des chemins de traverse, d'autres types de pratiques, de stratégies, de philosophies, notamment non-occidentales. Ces récits viennent parasiter, complexifier ou détourner ce discours de l'innovation.
 


Comment une recherche se transforme-t-elle en œuvre ?

C'est très empirique et organique. Souvent ça commence sous la forme d'un travail de veille, sur des thèmes qui nous intéressent ou des questionnements qui nous touchent directement de par nos pratiques quotidiennes...

Pour chaque projet, nous créons une équipe qui change de taille selon la complexité ou le sujet abordé. On ne sait pas toujours, quand on démarre une recherche, ce qui va émerger.

On tire un fil, quelques fois il n'y a rien au bout et d'autres fois (la plupart du temps), ça fait remonter tout un réseau de problématiques, d'anecdotes, de cas d'école, de choses surprenantes... Et c'est là que se révèle l'intérêt d'aller plus loin.
 

 
 

Quelle(s) réaction(s) attendez-vous des visiteurs ?

Il n'y a pas vraiment un type de réactions attendu. Nous voulons sortir d'un mécanisme où il y aurait une seule forme de réaction ou de message. Il s'agit plutôt de produire des situations assez complexes, ambiguës, déstabilisantes qui font émerger tout un ensemble de réactions possibles, de débats, de remises en cause, de doutes, de questionnements.
 

 


Pour cette exposition, nous avons choisi de traiter différentes formes de standardisation de nos accès aux contenus et aux formes technologiques, en abordant la place que prennent les médias dans nos imaginaires (Predictive Art Bot) ou les formes de blocage, de filtrage et d'interdits dans nos navigations Internet (Blacklist). Quant à Shanzai Archeology, le plus gros projet, il est une manière de révéler tout un champ d'imaginaire technologique auquel nous n'avons pas accès en Occident.

 


Propos recueillis par Pascaline Vallée (novembre 2017)