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VERS UNE CULTURE SOUTENABLE ET ÉQUITABLE ?

Publié le 25/08/2020

Faut-il préférer le monde culturel d’avant ou celui d’après ? Pour l’heure difficile d’y répondre… Alors que certain·es plaident pour des états généraux de la culture afin de rebâtir une politique ambitieuse, il est dorénavant acté que la crise de la Covid-19 aura mis l’intégralité des secteurs sens dessus dessous. Sans être attentistes, les artistes ont su montrer ces dernières semaines combien ils·elles savaient - attention pléonasme - se “réinventer”.

Lire “Les artistes en panne d’inspiration, vraiment ?”

Les structures culturelles et les festivals sont désormais confronté·es à une réflexion complexe : comment organiser un événement en cette période d’incertitude ? Cette crise est devenue le point initial d’un questionnement encore plus profond : comment penser un modèle culturel futur, soutenable, équitable et faisant face aux grands défis sociétaux. Voici quelques pistes de réflexion et d’initiatives existantes ; preuve que les structures culturelles répondent déjà à l’invitation - ou l’injonction, c’est selon - à se “réinventer”. Reste à savoir jusqu’à quel degré seront-elles soutenues par les pouvoirs publics.

Le soutien à la scène française

Ces dernières semaines le Made in France est revenu sur le devant de la scène. En mai dernier 142 artistes (Clara Luciani, Rone...) et acteur·rices de la culture (Sibyle Veil, directrice de Radio France...) appelaient dans les colonnes du JDD à s’engager pour la #ScèneFrançaise. Une initiative fidèle au principe d’exception culturelle et suivie d’actes forts notamment de la part de Radio France qui a intensifié le volume global de musique sur ses antennes, en privilégiant les artistes francophones et en faisant vivre certains festivals annulés (comme Le printemps de Bourges Imaginaire). Même si les résultats doivent être nuancés, y compris au regard de la redistribution vis à vis des artistes non-français, la conséquence directe est importante : des dizaines de milliers d’euros de droit d’auteur sont redistribuées aux musicien·nes, labels etc.
 

 

Ce soutien aux artistes français·es s'est d'ailleurs imposé aux salles de concert. Avec la circulation planétaire du virus et l’arrêt pour un temps des transports mondiaux, impossible de maintenir les tournées planifiées. S'y sont combinées les difficultés rencontrées et remontées par les artistes locaux, mettant en avant la nécessité de privilégier la scène artistique locale*. C’est dans ce contexte que le rendez-vous Pschiiitt marquera la rentrée de Stereolux : une programmation imaginée pour les familles, avec “des artistes et des compagnies du cru”, en septembre prochain.

Une culture en circuit-court ?

Cette question du Made in France incite surtout à questionner le rapport entre création et territoire local. A l’orée d’une catastrophe climatique il y a fort à parier que certain·es artistes (voire une partie du public) seront regardant·es sur l’empreinte carbone générée par les tournées, quitte - à l’instar du groupe Coldplay - à annuler les concerts. D’une certaine façon les quelques labels écologiques existants pour les festivals (comme le label des événements éco-engagés en Pays de la Loire) soulignent déjà cette tendance : réduire les impacts écologiques et se faisant, favoriser implicitement la démarche en circuit court sur les aspects logistiques.

Encore minoritaire dans le secteur culturel cette expression de “circuit court” commence à faire doucement son apparition. La journaliste Roxana Azimi signait en juillet 2019 un article dans le Quotidien de l’art interpellant “à ne plus fonctionner comme si la maison ne brûlait pas” et suggérant quelques bonnes pratiques dans les établissements culturels comme par exemple le recours systématique à des commissaires locaux·les ou à des conservateur·rices détaché·es. 
Cette nouvelle organisation nécessite clairement de s’inscrire dans une démarche de coopération. Un processus qui demande du temps à la fois pour identifier ses pairs et apprendre à se connaître. A titre d’exemple la tournée européenne d’Asuna Arashi programmé à Scopitone en 2018 fut le fruit d’une collaboration entre STUK - A House for Dance, Image & Sound (Leuven, BE) et FFT (Düsseldorf, GER).
 

 

En plus d’obtenir des résultats écologiques, un circuit-court organisé dans le spectacle vivant pourrait permettre de renforcer la rémunération des artistes locaux·les (selon une étude du Pôle et de la Fraca-Ma datant de 2017, 70% des musicien·nes professionnel·les des Pays de la Loire ont un revenu inférieur au salaire annuel net médian en France), de viser l’inclusion notamment celle des femmes sous-représentées dans beaucoup de domaines artistiques ou d’inciter aux pratiques artistiques. Sur ce dernier point des initiatives librement inspirées des paniers de fruits et légumes bio apparaissent à Nantes (le panier culture) mais aussi dans d’autres ville comme à Bordeaux (la cagette culturelle).
 


Dans cette "cagette culturelle", uniquement des productions locales et indépendantes :
CD, romans, BD, vin et bières fabriquées près de Bordeaux. 
© La Cagette culturelle


Paradoxalement la notion de circuit court permet également de penser la pertinence des circuits longs comme par exemple l’intérêt de consacrer un moment dédié et défini comme tel à la découverte d’artistes étrangers. Les derniers focus Stereotrip à Tbilissi, Istanbul ou Prague s’inscrivent dans cet objectif avoué de mise en visibilité d’autres cultures.

Un état des lieux territorial et une solidarité locale

Tous ces éléments ne sont bien sûr que des exemples parmi d’autres. Dans un premier temps l’enjeu prioritaire est de voir les structures se serrer les coudes et faire preuve de solidarité comme avec le fond de dotations Mécènes pour la Musique dans lequel Stereolux s’est impliqué aux côtés des cinq autres salles de musiques actuelles de la région, et de leurs mécènes.

Ensuite viendra le temps des consultations. Pour cela plusieurs rencontres sont prévues en 2020-2021 entre acteur·rices de la région. Le Centre Chorégraphique National de Nantes a entamé une démarche auprès des danseur·seuses et chorégraphes qui se poursuivra en concertation avec Musique et Danse en Loire-Atlantique, le théâtre Francine Vasse et le TU-Nantes. Plusieurs autres salles de spectacles, autour du Grand T, d’Onyx, du lieu unique, du TU-Nantes, vont faire de même en direction des artistes de théâtre et de cirque et ceux·celles qui les produisent. Quant à la filière musiques actuelles dont Stereolux fait partie, elle s’organise autour du Pôle régional.

En définitive si le travail à accomplir reste encore colossal, et nécessite d'envisager ces évolutions sur un temps long, les structures semblent déjà prêtes à mettre les deux pieds dans le “monde d’après”... Avec une attention soutenue pour que celui-ci soit compatible avec une culture soutenable et équitable !

 

Rédaction : Adrien Cornelissen


* En 2019 à Stereolux, 29% des artistes accueillis (soit 65) étaient issus de Loire Atlantique ou des Pays de la Loire.