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Arts numériques Publié le 13/09/2018

Scopitone I Yuri, le jeu-concert pour toute la famille (interview)

La nuit. Yuri se réveille dans une forêt profonde, pleine de plantes énormes et de créatures mystérieuses. Sur scène, les premières notes de musique se font entendre. Puis les aventures s'enchaînent et donnent la partition ! Flûte, piano, percussions et contrebasse accompagnent en live les déplacements du petit personnage, dans un univers fantastique. Aurélien Potier, co-réalisateur avec Ange Potier, revient sur la naissance de ce héros, et la construction d'un spectacle, ou plutôt d'un jeu-concert, qui emportera toute la famille dimanche 23 septembre en clôture de Scopitone.
 

Yuri est graphiquement riche et soigné, comment avez-vous créé cet univers ? Quelles ont été vos inspirations ?

Yuri est né comme personnage en 2005. Très minimaux, à la plume et en noir et blanc, les premiers dessins montraient ce petit personnage seul et sa relation avec le monde naturel qui l'entoure. Puis est venue la bande dessinée qui a étoffé l'univers de Yuri ajoutant à ce monde naturel et vierge la maison de campagne (qu'on découvrira dans la prochaine version du jeu avec de nouveaux niveaux) avec ses vieux objets, ses livres, ses souvenirs de famille. Le bleu foncé s'est rajouté au noir et blanc, et le parti pris d'une ambiance entièrement nocturne s'est installé. Avec le jeu vidéo, cet univers visuel s'est encore enrichi et a pris de la profondeur et de la texture, des éléments plus oniriques ont fait leur apparition. L'influence la plus directe de Yuri est bien sûr la ligne claire et en particulier les premiers Tintin de Hergé, mais aussi Little Nemo de Winsor McKay, Max et les Maximonstres de Maurice Sendak.


Comment écrivez-vous la narration en direct sur scène ? Comment synchronisez-vous images et sons ? 

Durant le spectacle Yuri, la narration se fait à plusieurs niveaux. Tout d’abord, une première couche de narration se crée en suivant la progression de Yuri dans le jeu sur le grand écran (le décor qui défile et qui change, les différents animaux que Yuri rencontre…). À cela se superposent les actions du joueur : comment il se déplace, comment il progresse, comment il réagit face aux différents obstacles… Tout cela crée des effets de tension (quand le joueur est bloqué) et de résolution (quand le joueur finit par réussir à passer un obstacle) qui, de fait, enrichissent la narration.

Enfin, les musiciens vont s’appuyer sur ces deux niveaux de narration (la narration intrinsèque au jeu et celle apportée par la façon de jouer du joueur) pour appuyer et renforcer la narration, parfois en suivant l’ambiance de certains décors ou niveaux, parfois en appuyant certaines actions du joueur. La synchronisation des images et des sons se fait donc naturellement, les musiciens réagissant musicalement en temps-réel avec le déroulement du jeu, parfois en jouant des morceaux écrits et prévus à l’avance, parfois en improvisant pour suivre les actions du joueur, et parfois en faisant les deux à la fois.

 

 

Quelles réactions du public avez-vous pu observer lors de ce jeu-concert ? 

On observe, lors des jeu-concerts Yuri, un phénomène d’identification du public avec le joueur. Sur un passage difficile pour le joueur, on sent le public qui retient sa respiration, ou quand le joueur bloque à un passage, le public se met à encourager le joueur. Chaque tentative du joueur pour passer l’obstacle est ainsi soulignée par le public, et quand le joueur finit par passer l’obstacle, on sent un soupir de soulagement général du public, parfois accompagné d’applaudissements ou de félicitations.

Les réactions sont particulièrement vives et animées quand le public est jeune. Lors du jeu-concert Yuri que nous avons fait à la Gaîté Lyrique en avril 2018, le public (une centaine de personnes) était très jeune, essentiellement des enfants entre 4 et 8 ans, et du coup l’ambiance ressemblait à un match de foot un soir de finale ! Ça criait dans tous les sens, avec des encouragements, des exclamations et des applaudissements appuyés.