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Arts numériques Publié le 11/03/2019

Rencontre avec RALF BAECKER

A l'occasion de son exposition à Stereolux du 19 mars au 7 avril, nous avons échangé avec l'artiste berlinois Ralf Baecker. Il revient sur son approche singulière de la technologie, intimement liée à des processus naturels ou sociaux. De ces observations, Ralf Baecker imagine des créatures spectaculaires et poétiques.

 

Certaines de vos installations sont reliées à des phénomènes naturels, comme le rayonnement de la Terre (dans Interface 1), ou des aptitudes sociales, comme le comportement collectif (Putting Pieces…). Quel rôle joue la technologie dans votre travail ? Permet-elle de rendre visibles des choses invisibles ?

Le rôle de la technologie est perçu de multiples manières. Pour la plupart des gens, elle est un outil ou un instrument, qui permet de rendre les choses plus petites, plus rapides, plus efficaces, plus précises. Elle rend également possibles des actions qui ne l'étaient pas jusqu’alors. Pourtant, on ne peut pas isoler une technologie et la penser comme un outil neutre.
Dans mon travail, elle va au-delà de son statut d'instrument. Elle devient une sorte de matériau artistique, aux qualités poétiques et philosophiques, car elle est intimement liée à la culture et aux savoirs humains.
Quand j'utilise une technologie, je connais le plus souvent l'histoire de sa naissance. Par exemple, les cordes de certaines de mes machines renvoient aux premières machines à tisser de Joseph Jacquard, que l'on peut considérer comme les premiers ordinateurs. Ces métiers à tisser utilisaient des cartes perforées pour programmer le motif tissé.

 


Le fonctionnement des machines numériques sont généralement cachés dans des boîtes noires, masqués aux utilisateurs ou confisqués par les entreprises. Un aspect de mon travail consiste à rendre ces processus transparents et expérimentables, comme un système ouvert dans lequel vous pouvez entrer.

 

Vos installations peuvent sembler autonomes. Elles font penser à des créatures ou à des systèmes organiques. Est-ce dans vos intentions de leur donner une apparence d'êtres vivants?

J'ai toujours souhaité qu'elles se situent exactement à cette frontière entre l'apparence d'un objet technologique et celle d'un organisme vivant.
Les algorithmes des machines sont souvent basés sur la simulation de processus naturels, sur des systèmes de vie artificielle ou des concepts venus de l'émergence informatique*.
Je suis fasciné par les processus ou les systèmes basés sur des règles très simples qui produisent des résultats nouveaux, comme un motif inattendu. Je conçois les expérimentations que je mène avec de tels systèmes comme une recherche artistique.

 

 

 

 

A Stereolux, vous présentez trois installations, créées en 2009, 2016 et 2018. Pourquoi les avoir choisies pour présenter votre travail ?

Ces installations sont trois expérimentations différentes que j'ai montées au fil des ans sur des sujets similaires : l’espace, la perception et la complexité. Elles émettent toutes les trois une nappe sonore très subtile, je suis impatient de voir comment elles se combineront.

 

Propos recueillis par Pascaline Vallée


* L'émergence désigne l'apparition, dans certains systèmes, de propriétés nouvelles qui ne peuvent pas être déduites des éléments pris de façon isolée, comme par exemple dans la morphologie des plantes ou les interactions humaines.