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Arts numériques Publié le 19/11/2018

Rencontre avec Cinzia Campolese

A l'occasion de son exposition à Stereolux du 28 novembre au 16 décembre, nous avons échangé avec l'artiste italienne (et néo-québécoise) Cinzia Campolese. Elle nous explique comment elle a cherché à détourner les principes de la vidéo-projection, pour proposer des sculptures lumineuses et sonores qui déforment notre conception de l’espace...
 

Les deux installations présentées à Stereolux appartiennent à la même série, « Specular Series ». Pouvez-vous nous en raconter la genèse ?

Ce projet a débuté fin 2016, et est le résultat d'une série d'expérimentations avec la lumière projetée sur différents types de matériaux et surfaces réflectives. Il est constitué d'un ensemble d'installations audio-visuelles, chacune caractérisée par une sculpture réfléchissante qui, de par sa forme, redirige la lumière différemment. La série est composée de quatre installations, qui sont conçues pour être présentées en solo ou en ensembles.
 

  


Vous travaillez avec la lumière et sa réflexion, pourquoi ce choix ?

Ce choix est lié à mes expériences, qui m'ont permis d'explorer différentes façons d'utiliser la vidéo-projection. J'ai beaucoup créé de projections architecturales avec le bureau 1024 architecture et travaillé sur du design d'objets ou de l'installation audiovisuelle avec le collectif IF [co-fondé à Paris en 2012]. La technique du vidéo-mapping était un peu trop présente, et j'étais frustrée de l'utiliser d'une façon conventionnelle. J'ai donc cherché une façon d'employer cet outil tout en l'oubliant.

Ma réponse a été d'utiliser un matériau fortement déconseillé pour la vidéo-projection : le matériau réfléchissant. Ses propriétés me permettent de dissimuler la technique de projection vidéo tout en amplifiant ses caractéristiques, et ainsi de créer un objet lumineux indépendant unique.

Je continue à explorer les possibilités de ce matériau, qui a pris une signification différente dans chaque projet, aussi parce qu'il a toujours eu une forte signification dans l'histoire de l'art, le design et dans nos vies quotidiennes.


Quelle expérience voulez-vous offrir aux spectateurs dans les installations présentées à Stereolux ?

Le but de ces deux installations immersives est de déformer et dilater la perception de l'espace à travers la réflexion de la lumière. Elles seront connectées, car elles utiliseront les mêmes données algorithmiques que chacune va interpréter de façon différente selon sa forme.
Les quatre installations ont le même environnement 3D, mais ce sont des points de vue différents du même objet qui sont projetés sur les sculptures. Dans Broken Panorama, la lumière est projetée sur une sculpture cylindrique, elle évolue selon un point de vue azimutal*. Dans Lost Intersection, on visualise la même sculpture, mais d'un point de vue zénithal*.

Quant à la composition audio-visuelle de l’œuvre, elle consiste en une structure générative répétée, dont les résultats sont plusieurs boucles audio-visuelles algorithmiques similaires mais non identiques. Quand j'ai conçu ce projet, mon but était de représenter une recherche constante de la perfection.

Dans la vie de tous les jours, cette recherche est souvent caractérisée par la répétition des choses. Pour s'améliorer, il faut se répéter, ce qui ne veut pas nécessairement dire faire toujours la même chose. Le caractère non-identique des séquences donne une valeur humaine et réelle à l'instant.
 

Propos recueillis par Pascaline Vallée (novembre 2018)

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* Azimutal : Cercle vertical passant par le point que l'on considère, arc de cercle horizontale
Zenithal : Le point le plus élevé où on puisse parvenir, à la verticale de notre position


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