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Arts numériques Publié le 22/05/2018

MIRAGES & MIRACLES : ENTRETIEN AVEC ADRIEN MONDOT & CLAIRE BARDAINNE

A l'occasion de l’exposition « Mirages & miracles » présentée à Stereolux du 1er au 24 juin 2018, nous avons échangé avec Adrien Mondot et Claire Bardainne sur la genèse de leur rencontre et la complémentarité de leurs travaux. Ils nous racontent comment ils utilisent la technologie pour matérialiser l’imaginaire, et animer ce qui – au premier regard – semble inerte, pour ainsi donner corps aux illusions.
 

Adrien, vous êtes jongleur et informaticien, Claire, vous êtes plasticienne, designeuse graphique et scénographe. comment et pourquoi avez-vous commencé à créer ensemble ?

Adrien Mondot : Quand nous nous sommes rencontrés, en 2010, nous avons tout de suite commencé à travailler ensemble. Je développais depuis 3 ou 4 ans un outil, dédié aux recherches sur le vivant numérique, et je cherchais un complice de réflexion, de pensée, d'utilisation, de recherche.

Claire Bardainne : Quand j'ai rencontré Adrien, j'ai eu l'impression de découvrir un grand champ de poudreuse, encore vierge, pour lequel il fallait inventer des écritures. Et avant tout inventer des outils, ce qui je pense marque notre personnalité de créateurs. Notre complémentarité a probablement renforcé l'intérêt de la rencontre. Nous avons chacun des compétences techniques que l'autre n'a pas et qui permettent de donner corps à nos idées.

Utiliser la technologie est-il pour vous une manière de créer de nouveaux univers, ou plutôt de regarder le nôtre de manière différente ?

Claire Bardainne: Nous croyons beaucoup à la puissance concrète de l'imaginaire. L'imaginaire a toujours existé, comme capacité humaine de faire apparaître l'invisible. Il s'avère qu'aujourd'hui nous possédons des technologies qui permettent d'incarner cet invisible.

La réalité augmentée, la réalité virtuelle, la projection sont pour nous des outils puissants pour incarner l'imaginaire et donc inventer un monde et un futur.

Adrien Mondot: Mais nous avons aussi envie de réinventer des manières de voir le réel en y insufflant une dose d'imaginaire. Nous voudrions réinviter les gens à regarder autour d'eux, regarder notre monde, mais dans tout ce qu'il a de poésie, d'étouffé, de masqué.

 

Dans d'autres œuvres, vous avez cherché à rendre visible le mouvement de l'air ou l’évanescence du rêve, qu'est-ce qui a été ici la base de vos recherches ?

Adrien Mondot: Nous sommes partis de la rencontre avec des pierres, a priori un des objets les plus inertes qui soient, même si à l'échelle des temps géologiques ça bouge quand même beaucoup et très vite. Nous nous sommes amusés à penser les rêves des pierres, ce qu'elles font quand elles s'ennuient, quels petits êtres les habitent, et à changer l'échelle du temps pour qu'on puisse le percevoir.

Claire Bardainne: Nous avons interrogé ce qui fait le vivant. Qu'est-ce qui fait que tout à coup, alors même qu'on sait qu'on a devant soi des objets inorganiques (une pierre ou des images de synthèse), se dégage une sensation de vie et de présence ? Nous avons joué avec les artifices de cette présence pour créer une fiction, un trouble à la fois poétique et un peu magique. Ce sont seulement des histoires, mais nous aimons le fait qu'elles poussent chacun à s'interroger sur ce qui est vrai et ce qui est faux, ce qui est vivant ou mort. On ne sait plus trop quelle est la frontière.
 

 

 

Le titre de l'exposition, Mirages & miracles, est composé de deux mots qui évoquent la magie, mais avec des connotations différentes, le mirage portant, il me semble, des aspects plus négatifs par son côté illusoire. Qu'avez-vous voulu transmettre par ce titre ?

Adrien Mondot: Ce titre nous a été donné par un ami, Laurent Derobert, mathématicien et poète qui travaille un champ qu'il nomme les mathématiques existentielles. Il les définit comme « la somme des impossibles pourtant réels et des irréels pourtant possibles ».

Claire Bardainne: Les illusions du mirage sont pour nous très techniques, ce sont les théâtres optiques, les illusions holographiques... Quant aux miracles, ils nous rappellent qu'une expérience du faux peut générer une véritable émotion et une expérience physique réelle : de fausses statues qui saignent ont réellement suscité des conversions religieuses. Nous qui travaillons beaucoup avec cette notion de virtuel, nous tentons de montrer à quel point le réel est constitué du virtuel, en particulier à l'heure actuelle, où la vie numérique est très présente dans nos vies. Ce n'est pas un endroit à part, indolore, qui n'a aucune conséquence.

Propos recueillis par Pascaline Vallée (mai 2018)

 

 

 

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