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Musique Publié le 12/11/2019

Le Festival des 3 Continents célèbre la scène afro-américaine - interview

Cette année, pour sa 41ème édition, le festival des 3 Continents met en avant "Le livre noir du cinéma américain". Le 25 novembre, Stereolux s'associe au festival le temps d'un soirée film-concert autour de la scène afro-américaine. Au programme, le documentaire Wattsax sur les grands artistes noirs des 70s et le label culte Stax, et un concert live du chanteur Bilal, l'un des pionniers de la néo-soul. A quelques jours de cette soirée prometteuse, Aisha Rahim, programmatrice sur festival, nous en dit plus sur cette édition. 

 

Pouvez-vous nous parler de la 41e édition du Festival des 3 Continents ? Quels thèmes seront abordés ?

Le 41e Festival des 3 Continents se déroulera du 19 au 26 novembre depuis Nantes jusqu’à Ancenis, Clisson, Héric, Saint-Herblain, Saint-Nazaire. Cette édition propose, autour de sa sélection officielle, trois programmes très différents : une anthologie couvrant près d’un siècle de cinéma des Noirs américains ; une rétrospective du cinéaste hong kongais Tsui Hark, le plus iconoclaste metteur en scène du cinéma d'action contemporain ; et un focus sur le cinéma du Costa Rica.

Comme à notre habitude, nous ne négligeons aucune forme de cinéma. Des films populaires et spectaculaires, des films originaux, inédits ou mal connus. Nous conservons un esprit de découverte et de curiosité mais nous portons la conviction que tous les films sont pour tout le monde. Il faut venir les voir pour s'en rendre compte, c'est ce que fait le public des 3 Continents.

Au total 93 films seront présentés dont une large part de films inédits en salle. 237 séances auront lieu sur une semaine. Le festival offre aussi l’occasion aux enfants et à leur famille de venir à la rencontre des films accessibles à partir de trois, six et neuf ans. 

Kōji Yamamura, le maître japonais du cinéma d'animation, viendra donner une masterclass au Lieu Unique le 21 novembre, un moment exceptionnel. De nombreuses tables rondes se tiendront à l'auditorium du Musée d'Histoire naturelle. D'autres moments forts auront lieu à l’espace Cosmopolis, lieu de rencontre du festival, avec la billetterie, un restaurant, une piste de danse pour nos soirées DJ…

Parmi les nouveautés, encore une soirée proposée avec la complicité de Stereolux autour du film historique Wattsax (1972) dont la projection sera suivi d’un concert live de l'artiste américain BILAL. Nous nous réjouissons de cette collaboration avec Stereolux.

 

Pourquoi avoir choisi de mettre en avant la scène afro-américaine pour la soirée du 25 novembre à Stereolux ?

Le programme « Le livre NOIR du cinéma américain » constitue l’une des plus vastes rétrospectives consacrées au cinéma des Noirs américains jamais présentée en Europe. Mais son amplitude n’est pas seulement liée au nombre de films projetés (quarante et un). Ce rassemblement d'œuvres nous racontent et donnent à voir une histoire complexe, qui trouve d'ailleurs ses racines dans l’Histoire de l’esclavage (reliant le programme à la ville de Nantes). Derrière les problématiques des communautés noirs américaines s'expriment une culture et les talents de cinéastes souvent mal connus : leur ambition artistique, politique, intellectuelle. La place de la musique y est aussi importante et, dans ce contexte, il nous a semblé pertinent de collaborer avec Stereolux, cadre idéal pour rapprocher simultanément cinéma et musique.
 

 

"Wattstax" sera diffusé au cours de cette soirée, pouvez-vous nous en dire plus sur ce film ?

“Wattstax” est un documentaire de 1972. Il nous place au cœur du concert organisé à Los Angeles sept ans après les violentes émeutes survenues dans le quartier de Watts après une altercation entre trois membres d'une famille afro-américaine et des policiers blancs. Le réalisateur Mel Stuart montre des images de ce spectacle gigantesque, maladroitement surnommé le Woodstock afro-américain, avec la présence de grands artistes du label Stax comme Rufus Thomas ou Isaac Hayes, mais aussi des conversations avec les habitants de Watts. Le film sera projeté en présence de Larry Clark, son directeur de photographie et réalisateur emblématique  de la L.A. Rebellion, mouvement cinématographique né à UCLA (The University of California) à la fin des années 1960 dont de nombreux films seront présentés lors de cette édition. 

 

Pourquoi avoir choisi le chanteur Bilal pour rendre hommage à ces grands artistes de la scène afro-américaine des années 70 ?

Bilal est d’une certaine manière héritier des expressions revendicatives de la musique noire américaine. Son travail s’insère dans un esprit de collaboration — il a collaboré avec The Roots, Kendrick Lamar, Erykah Badu, Pharrell Williams, Jay-Z ou encore Beyoncé — et les paroles de ses chansons appartiennent dans l’ensemble, on peut dire, à une “black experience”. Son soul chaleureux, parfois torride, prolongera l’expérience musicale du film de Mel Stuart et invitera sûrement le public à la danse. En tous cas, cette soirée va dans le sens de l'anthologie que nous proposons : établir des correspondances, faire résonner les œuvres et les esthétiques au contact les unes des autres. Cela est aussi valable pour les films que pour la musique.