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Arts numériques Publié le 31/05/2017

Interview : Gabey Tjon A Tham

A l'occasion de son exposition à Stereolux du 2 au 25 juin, nous avons échangé avec l'artiste Gabey Tjon A Tham sur son rapport à l'art, la nature, l'humain, la technologie et la science, combinaison d'élements au coeur de ses oeuvres. Un éclairage enrichissant avant de vous laisser porter dans un voyage hypnotique et tangible...

Comment s'est passée votre rencontre avec l'art numérique ?

A l'Académie royale des arts de la Haye, j'ai pu expérimenter toutes sortes de médias. Les cours sur le son, mais aussi les nombreuses expositions et festivals que j'ai vus, m'ont menée à l'art numérique. J'ai aussi été influencée par les œuvres découvertes aux cours du département Art-Science. Il y avait des personnes issues de différents cursus, comme la programmation informatique, la science, la danse, l'architecture... C'était un mélange très riche et il était facile de travailler ensemble.
 

Avez-vous été influencée par certains artistes ?

Rioji Ikeda a eu une forte influence sur moi, ainsi que le collectif Granular Synthesis. J'aimais le fait que leur travail soit une expérience physique et immersive, qui combinait lumières et sons.
 

Avez-vous des connaissances scientifiques particulières ?

Pas du tout. Je pars plutôt d'une idée, une sorte d'image ou de son que je voudrais créer et je réfléchis ensuite à la manière dont je peux le réaliser.


 

Essayez-vous de reproduire quelque chose que vous avez observé dans la nature ?

Je ne cherche pas à imiter les phénomènes naturels que j'observe, je suis plus intéressée par les structures sous-jacentes de ces comportements. L'image dont je parle est plutôt un point de départ, une référence. Ensuite l’œuvre développe son propre contenu et va plus loin que cette image, je crée quelque chose de nouveau, qui doit stimuler l'imagination du spectateur. L'installation ))))) repetition at my distance, par exemple, est basée sur la matérialisation du son, mais elle peut aussi bien faire penser à des vagues, des danseurs, des arbres ou une étendue d'herbe parcourue par le vent... L’œuvre m'a été inspirée par différents éléments qui m'intéressaient à ce moment là.

Que disent vos œuvres des relations entre êtres humains, nature et technologie ?

Je suis très intéressée par ce qu'on appelle « la nature », parce que je pense qu'elle est aussi devenue un outil marketing, et que nous avons une idée très romantique de la nature, toujours verte, qui apporte l'harmonie, etc. On considère souvent la technologie comme quelque chose d'effrayant qui, si l'on en croit les films de science-fiction, peut prendre le pouvoir sur l'humanité. Pour moi, elle fait au contraire partie de l’Évolution, parce que nous avons toujours dû construire nos propres outils pour survivre dans ce monde. L'être humain l'emploie naturellement. D'autre part, j'aime le fait qu'avec la technologie on peut faire des choses qui ne peuvent pas exister dans la nature. Les chorégraphies que je crée dans mes installations peuvent sembler, tour à tour, naturelles ou mécaniques.

Le visiteur garde souvent une sensation visuelle en sortant d'une de vos installations. Est-ce important pour vous ?

C'est plus un effet secondaire de la lumière. Ce qui m'importe c'est qu'il doive faire l'expérience de l'installation pour vivre cela. La parcourir est une rencontre avec l’œuvre et l'environnement que j'ai créé.
 

Propos recueillis par Pascaline Vallée (mai 2017)


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