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Electrons Libres : m-o-m, un live électrique et allumé - interview de Thomas Laigle

Arts numériques Publié le 21/10/2020

Fasciné par la lumière, plus précisément par les sons et les vibrations produits par les lampes, l'éclairagiste et le concepteur sonore Thomas Laigle amplifie les crépitements magnétiques imperceptibles à l’oreille. Il signe le live m-O-m pour Musique Orchestrale Magnétique, immersif et total à partir d'un orchestre low tech fait de lampes et d’un amas de câbles. 

electrons 

 

Comment est né le projet m-O-m ?


m-O-m est né au croisement de deux pratiques distinctes que j'effectue pour le spectacle vivant : penser la lumière et créer des environnements sonores.
C’est la rencontre entre deux hémisphères du même cerveau qui en ont marre de vivre cloisonnés et qui opèrent des ponts synaptiques. 

Si dans notre société on tend de plus en plus à la spécialisation, cette hybridité m’est apparu évidente, comme les bases d’un langage universel accessible à tout un chacun.

 

Ton live est à la frontière de l’art visuel et de la musique electro, comment as-tu travaillé la scénographie ? 

Ça a été mon point de départ. 
Pour fusionner lumière et son, l’espace s’est révélé être le trait d’union et le support de cette association. De part mon oeil de créateur lumière, je voulais que le ressenti de cette performance soit immersif et total, et ne surtout pas laisser de côté la fonction première de mes lumières : éclairer.


Les photons d’un rayonnement lumineux réagissent à la surface de l’espace en fonction de sa qualité et de ses dimensions. Certains seront réfléchis et d’autres absorbés, le tout à différents degrés. On pourrait dire exactement la même chose des ondes sonores.



D’ailleurs le nom de m-O-m (à prononcer comme un sigle) est issu de la disposition spatiale de mes éléments lumineux. C’est en quelque sorte un nom visuel qui par son énoncé évoque l’espace. 
C'est une performance avec une grammaire visuelle rudimentaire mais très modulable. Elle a pu résonner au sein de lieux très hétéroclites : salle de musique, église, scène de festival techno, galerie d’art, friche industrielle, club, troglodyte, blockhaus...
 



Ressens-tu une énergie particulière lorsque tu joues ce live ?

A fond ! C’est une vraie énergie de live….électrique !

Ça me demande une certaine préparation mentale pour rentrer dans un état de conscience, une hypersensibilité d’écoute et de vision pour être au plus juste de ce qui se jouera à chaque instant !
 Il s’agit tout de même de tenter d’approcher un état de synesthésie. 
Si je ne suis pas dedans, ça ne pardonne pas.



Je me prends pour le chef d’orchestre de ces esprits lumineux et sonores, avec lesquels j’interagis en temps réel. Je décide de leurs apparitions/extinctions lumineuses, je sculpte leurs sons en direct. 
En faite, je les considère comme de véritables instrumentistes avec leurs identités propres. Il y a finalement quelque chose de très animiste là dedans...


D’après toi, la musique électro est-elle toujours propice au renouvellement et à l’innovation ou a-t-elle tendance à s'essouffler ?

Tout dépend ce qu’on appelle musique électro. Si l’on évoque les renouveaux de ce qu’il se faisait déjà en plein boum des raves des années 90, je trouve que ça a peu évolué. D’ailleurs c’est quand même intriguant de voir toutes ces rééditions de vieilles boites à rythmes et synthés dans les magasins de musique. Il y a une profonde nostalgie dans nos sociétés autour de cette notion de vintage, qui peut être vu comme un manque de renouvellement et une peur du futur proche.



Heureusement, c’est aussi un genre qui a su se croiser avec beaucoup d’autres courants. J’ai la conviction qu’une sensibilité nouvelle se joue dans l'énergie du live et dans la rencontre avec d’autres pratiques artistiques. Apporter d’autres règles du jeu à ce monde de machines.




Tu es programmé à Stereolux dans le cadre d’Électrons Libres, qu’est-ce que cela t'évoques ? Te considères-tu comme un “Électron Libre” ? 


C’est une formule qui m’évoque une liberté bouillonnante dans la création de formes artistiques non conventionnelles.

J'atterris bizarrement toujours dans cette case des pratiques « non classées » dans laquelle je me reconnais le mieux.
Et puis « électron libre » ça aurait pu être le sous-titre de ma performance !