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Arts numériques Publié le 09/09/2019

Scopitone - Transforma magnifie le rituel industriel (interview)

Avec Manufactory, le collectif allemand Transforma revisite de manière originale l’histoire des manufactures, depuis l’époque artisanale jusqu’aux chaînes de production modernes, sur une composition de Sascha Ring (Apparat). Une performance esthétique, intime et fantasmatique entre danse, musique, théâtre et vidéo. 


Q'est ce qui vous a inspiré dans la création de Manufactory, aussi bien sur la forme (association de la vidéo, du théatre et de la musique) que sur le fond (l’histoire des manufactures, le travail ouvrier) ?

Le collectif Transforma travaille depuis longtemps à la croisée du théâtre, du cinéma et de la musique. Manufactory est une fusion de ces disciplines à travers les danseurs, les corps. Nous avons toujours été fascinés par les gestes qui suivent un processus. Par le biais de nos recherches dans les usines et les stations de tri lors d'une résidence à Montpellier, nous avons observé une chorégraphie répétitive très intéressante dans le travail quotidien. Nous avons ajouté ces éléments dans notre performance, et également ré-inventé le lieu de travail/la scène pour en faire un lieu de rêve.
 

Vous proposez une réelle immersion dans l'univers industriel, en chorégraphiant, magnifiant le travail des ouvriers. Pourquoi être parti de cet univers ? Y a t-il une forme de dénonciation des conditions de travail dans votre performance ?

Le travail est une chose importante dans la vie, on peut y voir de la beauté comme de la dureté. Nous espérons que ces deux aspects se retrouvent dans Manufactory. Ce n'était pas notre intention de faire une critique des conditions de travail mais plutôt de mettre en perspective les aspects structurel, texturel, rythmique et acoustique du travail afin d'aboutir à une forme nouvelle. 
 

 
 

Pouvez-vous revenir sur les dispositifs scénique et audiovisuel déployés ? Comment avez-vous créé la chorégraphie, les vidéos et comment avez-vous collaboré avec Sascha Ring sur la création musicale de la performance ?

Il y a toujours un long temps d'expérimentation quand nous créons une nouvelle pièce. Nous partons d'éléments, certains sont inspirés de nos recherches, d'autres naissent lors de nos répétitions et d'autres se présentent par eux-mêmes. Collaborer avec des danseurs a été un réel plaisir, ils ont acquis leur propre interprétation basée sur le concept de la performance. Visuellement, la vidéo a été façonnée par les différentes étapes du travail manuel. Comme pour la globalité de notre trvail, nous aimons révéler la procédure de création des images, dans le cas de Manufactory cela prend tout son sens. 
Nous avons travaillé avec Sascha pendant quelques années, nous partageons un langage commun. La collaboration s'est déroulée sans encombre et tout s'est mis en place très rapidement. Il a le talent de créer des ambiances sans image.

Pour Scopitone, vous allez présenter cette performance dans l'ancien MiN (marché d'interêt national), juste avant sa destruction. Un lieu qui fait donc écho au sujet de Manufactory. Êtes-vous impactés par le lieu dans lequel vous jouez ? 

Ça n'aurait pas pu être mieux ! La mise en scène est toujours influencée par les lieux dans lesquels nous jouons et nous sommes très heureux de travailler dans des endroits réappropriés pour un événement. L'ancien MiN de Nantes devrait apporter quelque chose de spécial à la performance ! 

Quelles réactions du public avez-vous pu ressentir lors de vos précédentes représentations ?

La dernière fois nous avons joué à l'Historic Bauhaus Museum Dessau, un endroit parfait de part son histoire. C'est difficile de dire ce que les gens ressentent pendant la performance, mais ce qui se dégage des conversations qui s'en suivent c'est qu'il semblerait que Manufactory demande un certain niveau de concentration. Il y a tout de même un temps pour imaginer, se perdre dans ses pensées. C'est parfois intense, mais dans un autre sens c'est aussi une réflexion sur les conditions de travail, tout le monde peut se sentir concerné. Nous attendons impatiemment les retours du public nantais !