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Musique Publié le 04/04/2019

Prague : cité rock.

La capitale de la République tchèque est une destination de choix pour les fans de rock alternatif. La scène indépendante déborde d’énergie, portée par la vitalité de sa jeunesse, mais elle se nourrit également de l’histoire du pays, aussi riche que tragique. Une histoire dans laquelle le rock a curieusement joué un rôle déterminant.

Depuis les années 1960, le rock est la bande-son officieuse de la dissidence. Mais en Tchécoslovaquie, le rock a véritablement changé la donne. Au milieu des années 1970, lorsque le régime totalitaire tchèque emprisonne des membres du groupe underground The Plastic People of the Universe, l’opposition politique se mobilise, pour créer notamment le mouvement d’initiative civique Charte 77, dont le dramaturge Václav Havel est l’un des porte-parole. Les actions menées par les signataires de la Charte 77 permettent de grossir les rangs de l’opposition jusqu’à ce que, en novembre 1989, ils parviennent à renverser le gouvernement et que Václav Havel prenne la tête du pays.

Pour célébrer la victoire et souligner le rôle du rock, Václav Havel invite les Rolling Stones à donner un concert à Prague en 1990. Symboliquement, l’événement a lieu dans l’enceinte du gigantesque stade de Strahov où, depuis les années 1950, les autorités communistes organisent des spectacles de masse chorégraphiés appelés des « Spartakiades », dont le but est d’exalter la force physique et l’unité politique de la nation tchécoslovaque. Les shows monstrueux de culturisme synchronisé sont finalement supplantés par le rock anglo-britannique.

  
Vaclav Havel et les Rolling Stones

Trente ans après la Révolution de Velours, la scène rock pragoise est toujours aussi dynamique et n’a rien perdu de son côté contestataire. La capitale tchèque compte près de trente salles, qui offrent tous les jours une programmation de qualité. En raison de sa situation privilégiée au centre (certains diront « au cœur ») de l’Europe, Prague figure souvent sur les itinéraires de tournée des groupes étrangers – aussi bien pour les têtes d’affiche que pour les groupes plus confidentiels.

 

Le rock : pilier de la vie nocturne

Les groupes émergents jouent généralement dans de petits « clubs de chambre », comme le légendaire Sedmička 007 dans la cité universitaire de Strahov (à deux pas du stade où les Stones ont joué en 1990), ou encore au Kaštan, lieu de dissidence politique avant la révolution. D’autres petites salles comme le Café V Lese, Underdogs’ ou encore Chapeau Rouge offrent une programmation variée à tous les fans de rock alternatif.

 
Le Café V

Les groupes confirmés qui attirent plusieurs centaines de personnes jouent généralement dans des salles plus grandes comme Meetfactory, Roxy, Palác Akropolis ou Forum Karlín. Grâce au soutien de la municipalité et de partenaires privés, ces clubs sont devenus des lieux incontournables de la vie nocturne, et ce dans chaque quartier de la ville – que ce soit l’industriel Smíchov, les rues délabrées de Žižkov, ou encore le centre touristique plus « hipster » de Karlín.
 

 
MeetFactory / Skatee park
 

La dernière mode est au concert en plein air, par exemple sur le skate park de Letná, au Stalin, dont le nom rappelle la gigantesque statue de Joseph Staline érigée dans les années 1950 et aujourd’hui disparue. Pour des raisons logistiques, les festivals d’été ont majoritairement lieu dans des villes moyennes, à proximité de la capitale pour Rock for People, ou plus loin pour Colours in Silesin, organisé à Ostrava, à 350 kilomètres de Prague. Mais si vous tenez vraiment à transpirer sous la canicule pragoise, allez faire un tour au Metronome Festival ou United Islands of Prague.


 
Rock for People / United Islands of Prague

 

À l’assaut des charts

Il n’y a jamais eu pénurie de groupes de rock à de Prague. Ils sont parfois formés par des jeunes venus étudier dans l’une des nombreuses universités que compte la ville, mais la hausse des loyers dans la capitale tchèque est de plus en plus dissuasive. Les formations émergentes ont l’opportunité de jouer en première partie de groupes étrangers dans les salles de Prague et de se faire connaître du public.

La nouvelle scène est généralement soutenue par les deux plus grosses stations alternatives locales. Radio 1 était à l’origine une radio pirate qui a commencé à émettre dans la période un peu folle qui a suivi la Révolution de Velours en 1989, et à laquelle ses auditeurs vouent encore un véritable culte. La société de radiodiffusion publique a lancé Radio Wave en 2008 comme la « radio jeune ». Ces médias ont suffisamment de poids pour révéler les jeunes formations qui sortent du lot au grand public, et les aident également à obtenir plus de dates, comme le font les prix Vinyla et Apollo. Ces derniers ont d’ailleurs nommé Manon meurt, Lazer Viking et Cold Cold Nights dans la catégorie meilleur album de l’année. Enfin si vous voulez en savoir plus sur les groupes tchèques les plus passionnants, rien de mieux que le mensuel Full Moon Magazine.

 

article : Karl Vesely (Full Moon Zine)
traduction : Juliette Paquereau