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Musique Publié le 13/07/2016

J’AI TESTÉ : TY SEGALL

Après plusieurs années à apprécier à longueur de journée les innombrables productions de Ty Segall, Colas, membre de The Crew, a eu l’occasion de le rencontrer à Stereolux le 13 juin dernier. En tournée européenne suite à la sortie de l’album Emotional Mugger, il est accompagné de ses petites protégées de Wand, mais aussi King Tuff, Mikal Cronin et Emmett Kelly. Le kid le plus prolifique de Los Angeles a accepté de répondre à ses questions, sans retenue, paquet de chips à la main.

 

Interview : Ty Segall & The Muggers

The Muggers est l’un des tes nombreux projets, tout comme Epsilons, The Traditional Fools, Fuzz, Goggs, etc. Mais qui sont The Muggers et comment le projet a-t-il démarré ?
The Muggers c’est le groupe du dernier album. J’avais en tête de réunir plusieurs personnes et créer une sorte de... j’aime utiliser le mot « sketchy ». Sketchy c’est pour tout ce qui est à l’arrache, bizarre, louche. Le groupe le plus bizarre du moment. Il regroupe tous ceux qui ont joué sur l’album, ils étaient tous partants. Donc on les a appelés The Muggers car l’album s’appelle Emotional Mugger. Mon idée c’était simplement de chanter, juste pour cette tournée, et ensuite le projet s’arrête.

Comment se passe la tournée pour l’instant ? Tu as des histoires croustillantes à nous raconter ? Comme celle du Primavera Sound Festival à Barcelone ?
Rires. Ce qui s’est passé avec Manny au Primavera Sound Festival à Barcelone est inoubliable, il a assuré ! Je sentais qu’il voulait passer au micro et... il a assuré, c’était marrant. Tu le sens quand quelqu’un veut vraiment monter sur scène, donc je me suis dit « Toi, tu vas avoir ton moment de gloire ! »

J’ai vu la vidéo de Emotional Mugger avec le zombie qui meurt tout doucement à Los Angeles. On a l’impression que tu avais envie d’aborder quelques sujets de société, et plus particulièrement l’addiction, pourquoi as-tu choisi ce sujet ?​
L’idée derrière la vidéo c’était « tu l’interprètes comme tu veux ». J’aime l’idée que les gens s’approprient les choses. Moi, en tant que personnage principal, qui avance du côté de LA vers la plage de Santa Monica, je vois pleins de trucs horribles, mais je ne fais rien. Je n’interviens pas, je ne m’arrête pas. Je m’éteins juste à petit feu et finit par mourir.

 

Tu as vu et tu visites encore de nombreux pays. C’est comment de jouer en France ?
Tu sais, c’est plus ou moins la même chose. Le rock semble encore compter pour beaucoup de monde et c’est génial. Honnêtement, le public européen est un peu plus accueillant que le public américain. Ici on est bien nourri (rires). Ça ne marche pas du tout comme ça aux États-Unis. Tous les pays européens que j’ai visités avaient une culture plus chaleureuse et accueillante.

Je sais que j’ai cinq jours de retard, mais je tiens à te souhaiter un joyeux anniversaire ! Voilà ton cadeau : c’est le deuxième album des Kaviar Special, un groupe local que tu as beaucoup inspiré, tout comme ton ami John Dwyer de Thee Oh Sees​. J’espère que ça te plaira !
Ouah, super merci Kaviar Special, ça sonne dingue ! Merci, je vais écouter ça c’est sûr !

Donc comme tu le vois, tu inspires beaucoup de groupes du monde entier, ça fait quoi d’être une référence ?
C’est dingue... je sais pas. Rires. Et bien c’est plutôt flatteur et génial. J’en reviens toujours pas. Il faut que je garde de la distance avec tout ça parce que c’est complètement fou. Mais c’est super cool. (photo Colas Mérand)

Quand tu as commencé à jouer de la musique, avais-tu en tête de devenir ce mec qui part en tournée partout ?
Mon premier objectif était de jouer pour une soirée, le deuxième de jouer dans un club à LA qui s’appelle The Smell, et ensuite on devait enregistrer un 45tours. C’est arrivé, et le gros défi c’était d’enregistrer un album. Tout ce qui est arrivé par la suite, pour moi... c’est la cerise sur le gâteau. Je ne pensais pas achever tout ça, je voulais juste atteindre des petits objectifs, mais je suis devenu accro.

Vous êtes en tournée depuis plusieurs mois ?
Je ne pars plus vraiment beaucoup en tournée. Je fais environ trois tournées d’à peu près un mois par an. Je travaille beaucoup chez moi, j’enregistre des groupes, j’enregistre tout le temps plein de trucs à la maison. J’ai un chien, une copine, j’aime bien rester chez moi.

Merci beaucoup.
Merci à toi, c’était cool !

Interview réalisée et traduite par Colas Mérand, membre de The Crew
 

 

Report : un concert ravageur et inoubliable

En première partie, les riffs de Marrietta ont su échauffer le public de la salle Maxi en délivrant un set cohérent, envoûtant et harmonieux, poussés par la voix atypique de Paul Rannaud, aussi chanteur de Volage dont les concerts s’enchaînent avec toujours plus de ferveur.

Lors du changement de plateau, la salle ne désemplie pas, laissant penser que le public ne veut pas rater le début du concert, même pas pour une bière fraîche. Quelques minutes plus tard, ils sont là et commencent avec une chanson emblématique, la première de l’album, Squealer. Dès les premières minutes, marquées par un, puis deux et trois plongeons la tête la première de Ty dans son public exalté, on se retrouve embarqués dans un show dément, énergique et puissant.

On remarque aussi que l’artiste a appris notre langue après avoir hurlé plusieurs fois « J’aime le petit déjeuner ! » avant de commencer à jouer Breakfast Eggs.

On apprécie également d’entendre des chansons d’anciens albums comme Thank God for the Sinners ou Feel presque méconnaissables, interprétées si intensément, car oui, Emotional Mugger on adore, mais on n’attendait rien de mieux que des “bons vieux tubes”. (photo @djeepthejedi)

Comme il l’a fait quelques jours auparavant, notamment au festival Primavera de Barcelone, Ty Segall s’amuse avec son public, le fait chanter et monter sur scène, comme ce fan qui laisse Ty Segall bouche bée ainsi qu’une bonne partie du public.

Le concert se termine par un rappel improvisé où sont chantées plusieurs reprises par Ty, King Tuff et les chanceux du premier rang ayant réussi à attraper le micro. Le groupe laisse ensuite un public transpirant et épuisé sortir de la salle avec une marque indélébile dans les tympans, celle de ce concert ravageur et inoubliable.

 

 

Par Colas Mérand, membre de The Crew