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Danse Publié le 24/01/2017

J’ai testé : Quand la grande Carolyn Carlson incite ses spectateurs à cultiver leur jardin

Avec Seeds (retour à la terre), Carolyn Carlson exhorte petits et grands à prendre conscience d’un miracle : la graine permet la vie. Par une forme d’art complet où s’entremêlent performance physique et art numérique, la chorégraphe produit non seulement une ode à la Terre mais également une ode à la Vie vivante, qui n’a de cesse de vouloir naître, se déployer et renaître.

La représentation a lieu un mardi soir en salle Maxi à Stereolux, nous sommes le 17 janvier 2017. Elle affiche complet. L’ambiance est familiale : nombreux sont les parents qui ont amené leur(s) progéniture(s) au nouveau spectacle tout public de Carolyn Carlson. La chorégraphe s’installe au milieu du public et le spectacle commence.

Trois danseurs partagent la scène : un couple de japonais aux corps fluides et un danseur-comédien typé blanc, filiforme dans son costume trop grand, dont le corps semble aussi droit et rigide que son pendant numérique Elyx. En effet, pour cette création, Carolyn Carlson fait appel à l’artiste Yacine Aït Kaci (YAK), créateur d’Elyx – la nouvelle mascotte du web, petit bonhomme de papier que son auteur incruste avec humour dans le décor parisien. Le personnage est simple : le buste tient en un bloc, chaque membre en un trait et la tête en un cercle. Par une animation visuelle, il inspire l’histoire sur scène. Je me demande néanmoins si cette animation est nécessaire. Le glissement du réel au virtuel me rend sceptique – ou est-ce parce qu’Elyx ne me touche pas autant que le ciel étoilé projeté en fond de scène ?

Le rythme de la chorégraphie est double. Il s’agit d’une alternance de lenteurs qui développent l’aspect lyrique de Seeds, et de temps accélérés qui font monter la tension et traduisent la puissance et l’importance du propos
sous-jacent.

Chaque élément de la chorégraphie sert une même narration : musique et sons, silences, corps, lumière, art numérique, décor et costumes, accessoires. Ces éléments marquent un dualité très prononcée : lyrisme et joie honorent la Terre, mère nourricière, quand de sombres moments traduisent les dangers qui la menace.

J’ai été, ce soir-là, particulièrement touchée par le travail du corps : c’est comme si Carolyn Carlson avait fait s’exprimer les émotions pures à travers ses danseurs. Visages expressifs, danse désorganisée et sans retenue, mouvements amples et ronds ou saccadés, usage du sol… Seeds en devient une véritable ode au corps libre et charnel qui traduit la vie vivante et débridée.

Ode à la Terre, oui, mais aussi et surtout ode à la vie.

Zoé Michel , membre de The Crew

Photos : Emmanuel Gabily