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Arts numériques Publié le 20/09/2018

J'AI TESTÉ : LES VISITES PROFESSIONNELLES DE SCOPITONE

Réparties parmi des édifices les plus emblématiques de Nantes (Château des Ducs de Bretagne, Orangerie du Jardin des plantes, Cale 2 Créateurs, Stereolux), les oeuvres du parcours artistique de Scopitone met à l’honneur des hauts noms de l’art numérique et plusieurs talents émergents.

Un sujet semble se faire le héraut de la thématique numérique de cette année : rendre l’intangible tangible. Ainsi, qu’ils s’agissent d’ondes sonores, de mouvements d’air générés par la gestuelle humaine ou encore de données aléatoires issues de l’espace public, les artistes captent les flux de datas, et en créent des œuvres visuelles à leur manière.
Robert Henke les applique par exemple à un algorithme pilotant 16 lasers, dont les faisceaux projettent des trajectoires de lumière qui s’impriment de manière éphémère dans une poudre phosphorescente répandue au sol. L’effet pictural est saisissant et sa contemplation nous entraîne dans une interprétation personnelle ; est-ce une représentation de lignes topographiques, de signaux médicaux, d’ondes inconnues ? L’aspect éphémère des tracés lumineux n’est finalement pas sans rappeler l’installation Anywhere, anywhere out of the world, de Philippe Parreno (Palais de Tokyo, 2013-2014), les deux œuvres donnant un sens plastique unique au procédé de phosphorescence activée par l’éclairage artificiel.

Dans la continuité, ce sont deux jeunes artistes émergents, Dylan Cote-Colisson et Pierre Lafanechère qui viennent cette fois capter les protocoles réseaux de nos appareils pour en créer une cartographie mouvante, libre interprétation visuelle des géo-localisations des appareils connectés à proximité de l’œuvre.


À la Cale 2 Créateurs toujours, Ken Furudate installe une œuvre colossale immersive nommée Pulse / Grains / Phase / Moiré, en écho aux gammes de sensations produites par l’émission de fréquences sonores. En résulte l’expérience d’une salle plongée dans l’obscurité, où 300 points rouges s’animent aléatoirement au rythme des pulsations émises par des haut-parleurs. Si les effets visuels et sonores sont appréciables, nous pouvons cependant nous interroger sur l’implantation de l’œuvre à cet endroit de la Cale 2 Créateurs. Pensée tel un exercice de spatialisation, cette dernière aurait été intéressante à découvrir dans un environnement plus vaste.

Dans le prolongement des expériences liées à la spatialisation, l’œuvre Stratum de Chevalvert propose aux spectateurs d’interagir physiquement avec une installalation faite de 84 tiges lumineuses animées de 5 séquences inédites de son et lumière. À chaque mouvement d’un spectateur placé au bon endroit (i.e devant le pupitre sous la lumière zénithale), un dispositif de leap motion active la variation des séquences lumineuses et sonores. Ludique, l’œuvre de Chevalvert n’est pas sans rappeler le fantastique outil développé par la société nantaise Naonext en 2013, la Crystall Ball.

Terminons par le début, et intéressons nous à Black Hole Horizon, de l’artiste berlinois Thom Kubli. Aux antipodes de son titre, il s’agit de la seule installation de la visite où l’artiste ne plonge pas le spectateur dans le noir. La composition équilibrée, faite de trois cornes de brume de tailles variées, nous offre un spectacle inédit ; à chaque son émis par l’une ou l’ensemble des cornes, des bulles de savon se gonflent grâce au souffle d’air expulsé par l’instrument. Ludique, l’œuvre rappelle avec sourire les jeux pour enfants, tout en nous interpellant sur la valeur intangible du son, rendant, une fois n’est pas coutume, les ondes sonores visibles autrement que par un dispositif lumineux.

 

Par Nicolas Houel