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Danse Publié le 06/03/2019

Cap vers le Grand Nord avec les frères Ben Aïm - Interview

Christian et François Ben Aïm, tous deux danseurs chorégraphes, ont développé une collaboration en binôme riche d'une vingtaine de spectacles, renforcée, pour chaque création, par des complicités artistiques venues de divers horizons. Avant de plonger le spectateur au coeur des étendues glacées du Grand Nord avec Mirages — Les âmes boréales, les deux artistes - explorateurs lèvent le voile sur cette dernière destination, qui questionne autant qu’elle donne à rêver.

 

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur le duo que vous formez, à l’origine de la compagnie ?

Nous avons eu la chance de suivre des ateliers de théâtre et de danse alors que nous étions encore au collège, durant lesquels très vite nous avons été poussés à créer nos propres petits objets artistiques et scéniques. Ayant reçu les mêmes bases d’un enseignement qui croisait les disciplines (théâtre, danse, cirque) et portés par cette invitation à créer par nous-mêmes, c’est assez naturellement que nous avons souhaité donner plus d’ampleur aux premiers essais que nous avions pu faire et que nous nous sommes lancés dans une première création entre danse et théâtre A l’abri du regard des hommes, avant d’aller mourir ailleurs, rassemblant une équipe francophone (Canada, Belgique, France) autour du destin revisité de plusieurs poètes (Rimbaud, Rilke, Michaux).

Pas de rôle attitré dans le processus de création, c’est la dynamique du binôme que nous formons qui bâtit la ligne du travail, où nos singularités respectives dialoguent tour à tour et dans le désordre par effet d’association, confrontation, bifurcation, observation, accumulation, distinction, revendication, attachement, connivence...

  

 

Quel a été le point de départ de cette nouvelle création ? Pourquoi avoir choisi le thème du grand Nord ?

Depuis que nous sommes enfants, pour avoir été marqués par la lecture de livres de Paul-Emile Victor, le grand explorateur du continent blanc, nous vouons une fascination pour les pôles et leurs contrées. Fascination pour cette terre blanche, ces étendues immenses, sa pureté, sa puissance.

Terre qui renferme l’infiniment grand avec l’iceberg et sa partie cachée, et l’infiniment petit avec la branche de glace d’un cristal de neige.
Terre extrême en perpétuelle transformation qui impose de rudes conditions de vie à l’être humain, tout petit et bien humble face à la nature.
Et c’est la transformation de cette terre (au fil des saisons mais aussi sur une échelle de temps bien plus longue), de ses paysages et de l’être humain qui a orienté l’écriture de la pièce. La question du réchauffement climatique a bien évidemment croisé notre réflexion pour évoquer cette interdépendance.
 

 

 

Sur scène vous mélangez danse, vidéo, musique et décors, pouvez-vous nous en dire plus sur votre processus de création et le travail de ces différentes disciplines ?

Nous nous sommes toujours passionnés pour l’élaboration de pièces où tous les ingrédients scéniques entrent en résonance. Convoquer tous les sens pour enrichir le sens, la réception de la pièce par le spectateur.
Pour Mirages, le travail de création visuelle comme celui de la composition musicale s’est fait en parallèle de l’écriture chorégraphique. Guillaume Marmin pour les images et Philippe Le Goff, pour la musique ont participé régulièrement aux répétitions, ressassant, malaxant leur propre matière en temps réel avec l’évolution de la danse et de l’écriture de la trame de la pièce. Le travail scénographique avec Camille Duchemin également : si les matériaux ont été choisis assez tôt, de nombreuses configurations spatiales ont été éprouvées et là aussi à chaque fois en confrontation avec les autres éléments artistiques.

Quelles réactions, quels questionnements pensez-vous que ce spectacle va déclencher auprès des spectateurs, enfants comme adultes ?

Nous sommes particulièrement curieux des réactions des spectateurs. Nos pièces proposent des formes de récit, des poèmes visuels et sensoriels, dont la trame est souvent faite d’ellipses, et où le spectateur se trouve invité de manière inconsciente à tisser et relier par lui-même les éléments entre eux. Pour Mirages, nous avons cherché à susciter une impression de saisissement, et nous avons pensé la pièce comme un voyage immersif, pour renvoyer à notre propre fascination des terres que nous évoquons. Sans être une pièce à message ou partisane, il nous importait aussi que ce parcours sensoriel puisse ouvrir une réflexion sur le devenir de la planète, et le microcosme que nous déployons sur scène se veut être une métaphore de la vie de l’écosystème dans lequel nous vivons, envisagé comme organisme vivant en perpétuelle transformation.