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Action culturelle Scolaire Musique Publié le 14/02/2019

Backstage / Interview de Charlie Winston

Trois élèves du Lycée de La Herdrie en Terminale - section Européenne, ont interviewé in english le chanteur Charlie Winston à l'occasion de son concert à Stereolux en novembre 2018. L'occasion de parler rap, machine à remonter le temps, chapeaux ou encore Brexit

 

Eléonore: Quel est votre processus d'écriture? Avez-vous des endroits préférés où vous aimez écrire? Combien de temps vous faut-il habituellement pour écrire une chanson?

Charlie Winston: OK alors comment j’écris mes chansons? L'endroit n'est jamais vraiment si important pour moi, bien sûr, j'ai besoin de silence et je préfère être seul en général. Je veux dire que j’ai écrit des chansons avec des gens et c’est amusant, mais je trouve cela plus difficile si je sais que les gens peuvent m'entendre, alors j'aime être dans des endroits où personne ne peut m’écouter, mais cela dépend.

Le processus : d'habitude je commence avec la guitare ou le piano, j'essaie, je cherche une sorte de musique qui m'inspire, le rythme m’importe beaucoup, donc je cherche toujours le bon rythme, essayer de trouver l'inspiration pour la mélodie; je peux chanter une mélodie encore et encore et encore pendant longtemps et puis je décide que je ne l'aime pas, alors je la jette, et j'essaie d'écrire une autre et je peux chanter pendant 20 à 30 minutes pour trouver une nouvelle mélodie et puis je décide que je n'aime pas et puis je continue jusqu'à ce que je découvre quelque chose.... et parfois j’enregistre comme ça, pour les mélodies et le lendemain je les écoute et je ne les aime pas. Donc je suis assez dur sur moi-même, sur les mélodies. Une fois que j'ai la musique ou la mélodie, alors je peux commencer à penser à des mots. C’est donc un processus difficile parfois, mais parfois c'est vraiment facile. Parfois la musique et la mélodie viennent vraiment vite mais je n’arrive à pas écrire les paroles. Par exemple, la dernière chanson sur Square One [Get Up Stronger], j'ai commencé à écrire la musique en 2016, et j'aime vraiment cette chanson: elle me faisait pleurer quand je la chantais, mais je n’avais pas de mots juste le sentiment, et il était vraiment important pour moi, mais je ne pouvais pas écrire les paroles, je savais sur quoi la chanson allait porter (le harcèlement), et, je me suis posé la question «que dois-je dire à mon enfant si il ou elle a été victime d’intimidation?
C'est une question à laquelle il est difficile de répondre, n'ayant jamais vécu cette expérience.
Donc, il a fallu 2 ans avant que je puisse écrire les mots, quand j'ai découvert que mon fils faisait de l'épilepsie, c'était une période très difficile pour notre famille parce qu'il y avait beaucoup de visites à l'hôpital. Je pense que cela m'a donné la compréhension pour ressentir ce genre de choses...
Parfois, une chanson peut prendre un temps très long, mais, une autre fois je peux écrire des chansons en 20 minutes, donc on ne sait jamais.
 


 


Léo: Si vous aviez une machine pour contrôler le temps et que vous pouviez faire écouter Square One à n’importe qui, qui choisiriez-vous?

CW: Ok, c’est intéressant...Hum...Je suis très mauvais pour ce genre de questions parce que j’ai toujours un trou de mémoire, mais je dirai un auteur-compositeur de l’an 3020 car si l’album ne devient pas très connu, la personne ne l’aura jamais écouté. Ce serait intéressant de voir ce qu’elle en penserait. Mais je ne pense pas à quelqu’un en particulier, désolé. (rires). Peut-être, John Lennon en fait, ça serait cool. Mais, pour être honnête, l’album n’a pas été écrit pour d’autres personnes, il a été écrit pour moi. La chose la plus importante lorsque j’écris un album ce que je fasse ce que je voulais faire et que je sois fier de ce que j’ai réalisé. Je n’écris pas un album pour la reconnaissance et l'approbation de qui que ce soit, c’est juste qu’il faut que j’exprime des choses; de la douleur comme de la joie. Je vais sûrement penser à quelqu’un d’autre plus tard (rires)… (Plus tard) Oh, je sais Cole Porter et George Gershwin, de grands auteurs-compositeurs du siècle dernier, qui ne sont, évidemment, plus de ce monde. Et peut-être Jeff Buckley.

 

Carla: Les jeunes français de nos jours n'arrêtent pas d’écouter les rappeurs français tels que Lomepal, Roméo Elvis… Est-ce que vous les connaissez? Et aimez-vous le rap? Et connaissez-vous la chanteuse Angèle, qui est très connue en ce moment en France?

Charlie Winston: Et bien… Je ne connais pas vraiment ces personnes. J’ai un peu entendu parler d’Angèle. Elle semble assez douée vraiment, mon ami qui a travaillé avec moi sur ce disque dit qu’elle est très douée pour les paroles de ces chansons, mais je ne sais pas grand chose d’autre sur elle. J’aime le rap… J’ai grandi avec. Quand j’avais cinq ans à peu près, il y avait du “breakdance”: c’était le tout début du Hip Hop. Pour moi, le rap, c’est une question de rythme, mais ce que les rappeurs disent est également important. Cela dépend vraiment de qui il s’agit vraiment, je veux dire que le rap ressemble maintenant au jazz ou à la musique classique: il y a de la musique classique que je n’aime pas, il y a du jazz que je n’aime pas, mais il y a en a également que j’aime. Par exemple, j'aime bien, même j'adore Kendrick Lamar et j'adore Q-tip et Kanye West. Mais bien sûr, les rappeurs que j’écoute sont plus américains et britanniques car je ne connais pas vraiment les rappeurs français. J'aime également beaucoup le rappeur belge appelé Baloji, il n'est pas très connu mais il est incroyable et j’apprécie les chansons de Féfé. Mais oui, ce que je veux dire, c’est que le rap influence beaucoup ma musique. Pour mes chansons «Rocking in the suburbs» et «Here I am», qui est la deuxième chanson de mon nouvel album, je me suis vraiment inspiré du hip hop, et le rythme des mots parle de hip hop. Je peux donc dire que le rap est une grande source d’inspiration pour moi.

 

Eleonore: Avez-vous été un peu surpris de voir la réception unanimement positive de "Like a Hobo" en 2009?

Charlie Winston: Hum non! (rires) Non, je n'étais pas vraiment surpris parce que j'avais écrit la chanson 5 ans auparavant et je l'ai joué devant un public nombreux à travers l'Europe et le Royaume-Uni, et j'ai fait beaucoup de concerts et, avec à chaque fois le même effet, ça a toujours été comme ma dernière chanson. Et au moment où je l'ai mis sur l’album «Hobo», je savais juste que ça allait être un succès parce que c'est l'une de ces choses où vous ne savez pas pourquoi, mais cela plait à tout le monde. C’est également la chanson qui a fait que Peter Gabriel se soit intéressé à moi. Pour moi, les chansons sont comme des enfants. Vous donnez naissance à ces enfants (c'est à dire écrire les chansons), et puis ils grandissent: certains deviennent plus sociables que d'autres, et certains deviennent vraiment sociables, et “like a Hobo” est super-sociable: il se fait beaucoup d’amis, et en amène à la maison.

 

Léo: Il semble que la vie d’un artiste soit remplie de surprises inattendues, cependant deux moments majeurs l’accompagnent. Que préférez-vous: l’excitation de chanter devant un public ou enregistrer vos chansons dans votre bulle?

CW: Sincèrement, je préfère enregistrer [dans un studio]. Mais ça dépend vraiment avec qui je le fais. Je n’aime pas enregistrer par moi-même car je suis quelqu’un de sociable. Parfois, j’essaye tout seul mais comme je ne suis pas un spécialiste, j’ai besoin de quelqu’un pour tout organiser, pour aller plus loin. Mais j’ai grandi dans une famille où chacun est sur scène. Donc, les deux sont super, mais les deux peuvent être difficiles aussi. Des fois, tu es dans le studio et tu as l’impression d’aller droit au mur, parce que avantages et leurs inconvénients. Ce n’est pas facile de faire un choix; je préfère » ça » dans un bon jour et « ça » dans un mauvais.

 

Carla: Ce n’est pas très compliqué de remarquer votre passion pour les chapeaux: donc que symbolisent les chapeaux pour vous?

Charlie Winston: Et bien, ma passion pour les chapeaux est en quelque sorte une partie de moi. Cela va plus loin que mon amour pour les chapeaux, car cela fait maintenant partie de l’identité de l’artiste Charlie Winston, et pour moi il y a une séparation maintenant. Quand je suis l’artiste, je suis un homme avec un chapeau, mais quand je suis chez moi, je suis toujours moi, mais j’ai un mental différent. Donc je ne ressens pas la nécessité de porter un chapeau tout le temps. Mon inspiration pour les chapeaux vient, je pense, de deux choses: premièrement, j'ai grandi avec ma mère et mon père, et ils regardaient toujours beaucoup de vieux films, comme Chaplin et Fred Astaire et Humphrey Bogart, et le chapeau était une grande partie du personnage de toutes ces personnes.

Et également, quand je vivais à Londres, avant de commencer à devenir l’auteur, compositeur et chanteur Charlie Winston, je me suis dit: "Je veux une image qui rende les choses simples à retenir pour les gens". Et dans la région de Londres où je vivais, il y avait une grande communauté des Caraïbes, et tous les vieux Caribéens marchaient toujours en costume avec un chapeau et je me disais: «Ils sont trop cool!». Alors j’ai décidé de les copier.

Mais à cette époque, acheter un beau vieux chapeau dans un magasin caritatif (ou friperies) était vraiment facile. Je veux dire que je trouvais tout le temps ce que je cherchais. Mais depuis, je ne dis pas que c’est à cause de moi (rires), mais depuis que je suis devenu célèbre avec mon chapeau, et depuis 2009 en fait, les chapeaux sont devenus vraiment populaires. Avant, je payais environ vingt euros pour un beau vieux chapeau, et maintenant, si vous voulez un chapeau d’une aussi bonne qualité, vous devez aller chez un designer. C’est, donc un peu, une honte (ridicule).
 



 

ED: Et est-ce la même chose concernant votre nom; vous avez choisi Winston en rapport avec Churchill n’est-ce-pas?

CW: En fait je ne l’ai pas choisi; c’est mon nom: Charlie Winston Gleave. Donc avant j’étais connu sous le nom de Charlie Gleave. J’ai joué de la basse avec le groupe de mon frère, et il s’appelle Tom Baxter Gleave, mais tout le monde le connaît comme Tom Baxter. Mes parents étaient des chanteurs, donc ils nous ont donné à tous des seconds prénoms que l’on pourrait utiliser pour la scène. Mon frère aîné s’appelle Joe Spencer Gleave, ensuite il y a Tom Baxter, Charlie Winston et Vashti Anna. On utilise tous nos seconds prénoms pour le business. Ce qui est drôle c’est que personne ne sait que nous sommes frères et sœurs (rires).

 

Eleonore: Vous êtes incroyablement admiré ici en France; en 2012, vous étiez présent sur le hit de l'artiste belge Saule «Dusty Men» qui a été un succès majeur ici en France. Seriez-vous intéressé à chanter un album ou même une chanson en français un jour?

CW: Oui, beaucoup de gens m'ont demandé cela, mais je ne sais pas la réponse. Peut-être un jour, mon français est lentement en amélioration… Mais le truc c’est que je suis très très amoureux des langages: j'aime écrire, c’est une de mes choses préférées, mais la partie la plus difficile dans écrire des chansons sont les mots. Mais j'aime toutes les différentes configurations de sens, qui se réfèrent à des expressions culturelles et, je n'ai tout simplement pas la capacité d'écrire en français à ce niveau. Peut-être que si quelqu'un écrit la chanson, mais pas encore (de moi-même).

 

Léo : J’ai lu que vous vivez maintenant dans le Sud de la France, vous devez donc avoir un autre regard sur la politique britannique. De plus, il semble que votre dernière chanson « Losing Touch » parle du Brexit et de ses conséquences inquiétantes. Pourriez vous partager vos idées à propos du Brexit ?

CW: Je pense que c’est une grosse blague, une telle perte de temps. Comme je l’ai dit précédemment, je suis une personne très sociable, donc je préfère la cohésion à la séparation. Bien sûr si les choses ne fonctionnent pas, et bien, c’est comme ça.

Je peux comprendre certaines raisons, je connais quelques personnes qui ont voté pour le départ [du Royaume-Uni de l’Union Européenne] et elles avaient de bonnes raisons. Il y a plein de raisons qui expliquent cette décision.

Mais à présent, 2 ans plus tard, en repensant aux deux dernières années, je suis beaucoup plus inquiet quant à l’environnement et la quantité de plastique que nous gaspillons et jetons dans l’océan.

Ce n’est même pas à l'ordre du jour car le Brexit est plus important pour les gens. Mais c’est un problème mental [abstrait], ce n’est pas quelque chose de réel. Le NHS [le système de santé public au Royaume-Uni] est dans une situation terrible et nous ne faisons que parler du Brexit !

Je ne suis pas une personne qui fait de la politique, je suis plus intéressé par les personnes et la vie et comment nous vivons. Bien sûr, c’est ce que fait aussi la politique mais le problème avec la politique c’est le commerce qui prime. Et le plus drôle dans le cas du vote pour le Brexit c’est que personne n’a vraiment été informé. Nous n’avons jamais réellement su pour quoi nous allions voter. C’était plus parce que nous aimions une personne ou une autre et s’ils disaient quelque chose de bien. Et nous avons voté pour le référendum et c’était comme « partir » et la question la plus posée les semaines suivantes sur Google était « c’est quoi l’UE ? ». Personne ne savait vraiment pour quoi ils allaient voter et une fois que nous avons découvert le résultat tout le monde voulait savoir ce que faisait réellement l’Union Européenne. C’était plutôt décevant.

 

Carla: Est ce que vous pouvez nous raconter quelque chose de spécial ou un événement extraordinaire qui vous est arrivé durant un de vos concerts. Je veux dire une histoire avec un fan fou ou je ne sais pas…

Charlie Winston: La première chose qui me vient à l’esprit, juste parce qu’on en a parlé hier avec l’équipe, c’était lorsque, au même moment où je chantais, une fille s’est évanouie devant moi et elle est tombée sur le sol; c’était très dramatique sur le moment. Mais ce n’est pas vraiment incroyable car cela arrive régulièrement durant un concert.

Une autre chose dont je me souviens, c’est qu’une fois, je jouais à Marseille et mon chauffeur de bus à cette époque était un membre de la Légion Etrangère. Donc, il était très grand, un grand gars musclé et très drôle. Et un jour, j'ai sauté de la scène pendant le concert et j'ai traversé l'auditoire. Un fan a attrapé mon chapeau. Mon chauffeur de bus était debout sur la scène en train de regarder le spectacle et il a vu le fan me piquer mon chapeau. Alors il a sauté de la scène en criant «Je vais le récupérer», il a poussé tout le monde et il a crié à la personne: «Donne-moi le chapeau!», et il me l'a remis sur la tête. C'était assez drôle parce que c’était juste le conducteur du bus.

Et une dernière chose dont je me souviens est que, une fois je jouais à Paléo, un célèbre festival en Suisse. Nous étions en train de jouer “Kick the bucket”. Et comme vous savez, il y a beaucoup de mouvements sur scène et lorsque la lumière s'est éteinte, je me suis simplement retourné. Et alors que je me retournais de cette manière, mon bassiste tournait dans l’autre sens. Sa basse est venue me frapper à la tête et je me suis mis à saigner. Je ne me suis pas rendu trop compte de ce qui se passait, mais la chemise blanche que je portais est devenue toute rouge!
 


 


ED : Préférez-vous un endroit particulier en France pour vous produire en concert ?

Nantes c’est sympa, j’adore venir à Nantes. Le Nord de la France c’est toujours bien. Dans le Sud, l’ambiance est différente, c’est comme s’ils s’en fichaient un peu. Peut être à cause du soleil, de l’argent, du tourisme. Le tout c’est de sortir quand il fait froid et de trouver un réconfort à l’intérieur. J’adore aller jouer à Lille, les Ch’tis sont fous !

 

Eléonore : Est-ce qu’il y a quelqu’un avec qui, dans vos rêves les plus fous, vous aimeriez collaborer ?

Mes rêves les plus fous, je ne sais pas, mes rêves sont déjà bien assez fous comme ça. Je n’arrive pas à me souvenir des plus fous (rires), mais pourquoi pas avec Nina Simone, ce serait bien. Je ne sais pas bien, en fait. On m’a souvent posé ce genre de questions, en fait, il y a deux problèmes, j’ai une très mauvaise mémoire et souvent je me dis “tiens j’aimerais collaborer avec cette personne” et je l’oublie tout de suite, et ensuite parce que je suis une personne publique et il y a beaucoup de personnes que j’admire et de musiques que j’aime, mai, s quand je les rencontre, je ne trouve pas souvent quelquechose qui me plaise, donc ce que je pense avant “j’aimerais beaucoup travailler avec cette personne” quand je la rencontre il n’y a rien qui se passe, donc il y a toujours une distinction à faire entre l’artiste et la personne, et souvent, pas toujours, il y a l’image de la personne que nous voyons, et, l’image est souvent différente de la réalité. Quelquefois c’est décevant de rencontrer ses héros.

 


De gauche à droite : Léo, Charlie Winston, Carla et Eléonore