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Cycle Intelligence Artificielle

Publié le 25/01/2018

utop/dystop(IA) : quand le design fiction interroge l’intelligence artificielle

Dans le cadre du cycle consacré à la thématique « Art, Design et Intelligence Artificielle », le Laboratoire Arts & Technologies de Stereolux a mené, depuis septembre 2017, un projet nommé « utop/dystop(IA) ». En quatre étapes, ce travail prospectif, confié au Studio Design Friction, a permis d’élaborer des scenarios fictionnels qui interrogent la place des IA dans notre société et imaginent comment celles-ci pourraient s’y matérialiser.

Ce projet « utop/dystop(IA) » cherche à mettre en débat les enjeux économiques, sociaux et culturels de l’intégration de l’intelligence artificielle à notre quotidien. Cette approche, résolument prospective, vise à susciter des discussions permettant d’explorer les perspectives préférables à donner à un recours usuel et banalisé à l’intelligence artificielle.

La démarche utilisée tout au long de ce projet est celle du design fiction. Il s’agit d’une approche du design qui imagine et conçoit des objets fictionnels servant de support à la réflexion et à la discussion. Ces produits ou services n’ont pas vocation à être mis sur le marché, mais bien à provoquer des questionnements, des problématiques ou des critiques.

L’enjeu est également de confronter des usagers à des scénarios de design fiction mettant en œuvre des éléments d’intelligence artificielle afin de provoquer des réactions et un débat susceptibles d’enrichir les démarches d’innovation et de prospective des acteurs impliqués dans ce champ.

Retrouvez ici le film retraçant les différentes étapes du projet « utop/dystop(IA) » ainsi qu’une selection de scenarios qui en sont issus :

 

Réalisation : Hiboo Films

Le Laboratoire Arts et Technologies de Stereolux est un espace dédié à l’expérimentation se situant à la jonction des arts numériques, de la recherche et de l'industrie. Il cherche à promouvoir et accompagner les transitions technologiques, d’usages ou culturelles. Il contribue ainsi activement aux multiples réflexions autour des technologies numériques et de leur devenir.
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Le Studio Design Friction explore par le design les enjeux liés aux transformations sociales, culturelles et technologiques que connaissent nos sociétés. Composé de designers, il se penche sur des problèmes socio-économiques et tente aussi bien de les cerner que d’y répondre. Il produit ainsi des scénarios critiques et spéculatifs à travers une démarche ouverte et participative afin d’adresser ces controverses naissantes à un public qui n’y est pas encore sensibilisé. Les productions qui en découlent visent à construire un esprit critique et nourrir le débat autour de ces thématiques amenées à façonner le futur.
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Publié le 04/01/2018

CYCLE IA : retour sur le Workshop Machine Jacking

Ce workshop, animé par le studio de design Chevalvert les 30 novembre et 1er décembre 2017, avait pour objectif de détourner, hacker, jacker des IA afin de les utiliser comme un outil de génération graphique, différent de ce pour quoi elles avaient été prévues et programmées initialement.

Une série de données amenées par les participants (images, textes, etc.) a été manipulée par une intelligence artificielle (chatbot, assistant personnel, analyse de texte, etc.), ce qui a fourni un ensemble de résultats utilisés ensuite comme matière première pour générer des productions graphiques.

Une seule règle devait être respectée : détourner, hacker des AI.
La production graphique ne devait ainsi pas avoir de lien direct avec le système AI que le participant avait sélectionné. Au contraire, ce système devait être utilisé pour composer / générer quelque chose de différent de ce pour quoi il avait été conçu. 

A travers cette présentation, découvrez les différents systèmes intelligents hackés et les compositions graphiques ainsi générées par les participants. 

Publié le 03/01/2018

Cycle IA : Retour sur la journée thématique "CRÉATIVITÉ ET ÉMOTIONS A L'HEURE DE L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE"

Organisé  le 13 décembre 2017, cet événement s’adressait aux entreprises du secteur du numérique et de la communication (grands groupes, PME, start-ups...), aux chercheurs ainsi qu’aux artistes et designers intéressés par la façon dont les thématiques de l'émotion et de la créativité s'articulent avec la question de l'intelligence artificielle. Cette journée a été pensée comme un temps de rencontres et d’échanges entre professionnels, permettant de croiser réflexions, approches et travaux.

LA MATINÉE a été consacrée aux keynotes et tables rondes sur les thématiques de l’intelligence artificielle, de la créativité et de l’émotion.

1ÈRE PARTIE : INTELLIGENCE ARTIFICIELLE & CRÉATIVITÉ

Avec :

2ÈME PARTIE : INTELLIGENCE ARTIFICIELLE & ÉMOTIONS

Avec :

  • Filipe Vilas Boas, artiste
  • Emilie Poirson, maître de conférence en informatique à Centrale Nantes / LS2N
  • Julien Pierre, enseignant chercheur en sciences de l’information et de la communication à Audencia (modérateur)
  • Jean Marc Diverrez, Ingénieur de Recherche et Responsable de projetIRT b<>com

UN ESPACE DE DÉMONSTRATIONS rassemblait différents projets, artistiques, de design ou industriels et a permis d'échanger avec les porteurs de projets présents. 

Projets présentés :

  


L'APRÈS-MIDI les participants ont pu rejoindre un des trois ateliers thématiques proposés 

  • Atelier #1 Totem et Tabou : un atelier de construction et déconstruction permettant d'explorer et de discuter toute l'ambiguïté de notre rapport au progrès et à la technologie.
    Animé par Julien Pierre, enseignant chercheur en sciences de l’information et de la communication à Audencia

  

 

  • Atelier #2 Le micro-atelier Design Friction s’inscrivait dans la continuité de l’atelier utop/dystop(IA) et proposait d’imaginer et de construire de nouveaux récits sous forme de design fictions liées aux futurs inattendus de l’IA.
    Animé par le studio Design Friction

    > Scénario 1 : dans un monde où "Assistant Life" nous souffle la bonne conduite, des "Piments" viennent épicer nos vies...

     

      


    > Scénario 2 : face aux fake news, une IA pour nous aider à distinguer le vrai du faux... "Don't lie, Verity is watching !" Mais peut-on lui faire confiance ? 

     



    > Scénario 3 : "L'empathisateur" nous permet de faire ressentir les émotions de son interlocuteur. Face à son succès, naissent des brouilleurs DIY pour renouer avec la vraie communication interpersonnelle... 



     

 

  • Atelier #3 Reboot Camp pour questionner les capacités d’une IA à capter et « téléporter » des émotions à distance
    Atelier participatif animé par Nadine Hervé, formatrice en méthodes et techniques de créativité

     




     

Organisé en partenariat avec La Cantine et Images & Réseaux

  

Publié le 20/12/2017

CYCLE IA : RETOUR SUR LA CONFÉRENCE "Quel futur pour l'IA ?"

En conclusion du cycle, cette conférence du 14 décembre 2017 aborde les développements à venir de l’intelligence artificielle, aussi bien au niveau technologique que créatif.

Une première intervention propose un regard prospectif sur les développements technologiques et scientifiques à venir dans le champ de l’intelligence artificielle, et les problématiques techniques et conceptuelles qu’ils poseront. Elle présente les futures évolutions de ces technologies, et ouvrira de nouvelles pistes de réflexions sur le devenir de l’intelligence artificielle, de ses applications et de ses impacts.

Une deuxième intervention aborde les évolutions à venir dans le champ de l’art et du design, en lien avec les évolutions de l’intelligence artificielle prévues dans un futur proche. Elle permet de revenir sur les principaux enjeux abordés pendant le cycle, et d’esquisser de nouvelles formes d’interactions entre artistes, designers, intelligences artificielles et publics.

Intervenants
Florian Richoux, maître de conférence à l’Université de Nantes (Laboratoire LS2N)
Sylvie Tissot, informaticienne (intervention annulée pour raisons de santé)

Avec le soutien du Laboratoire des Sciences du Numérique de Nantes de l’Université de Nantes

 

 

Publié le 14/12/2017

CYCLE IA : RETOUR SUR LA CONFÉRENCE “L' Imagination artificielle”

Cette conférence,  programmée mercredi 6 décembre 2017, a pour objectifs de décrypter ce qu'implique (ou n'implique pas) l'apparition d'outils technologiques utilisant des éléments d'intelligence artificielle par rapport aux pratiques artistiques actuelles ou futures, et d'analyser en retour comment les questionnements et les apports conceptuels amenés par les artistes peuvent enrichir les réflexions actuelles autour de l'intelligence artificielle.
Elle aborde la notion d’imagination artificielle, c’est-à-dire la faculté des machines à produire des images. Cette capacité nouvelles des machines à générer des flux de médias de manière autonome bouleverse notre propre rapport à l’imagination et à l’esthétique, et questionne la façon dont ces deux notions sont influencées par les technologies que nous produisons.

Intervenants
Grégory Chatonksy, artiste
Manuela de Barros, maître de conférence en philosophie, esthétique et théories des arts, Université Paris 8

 

 

Publié le 30/11/2017

Design Friction : Les fictions du design autour de l’intelligence artificielle, par Digitalarti

Rencontre avec le studio Design Friction avant la restitution du projet utop/dystop(IA) le 24 janvier prochain

Digitalarti, partenaire du cycle thématique "Art, design et intelligence artificielle", a rencontré le studio Design Friction qui porte le projet collaboratif "utop/dystop(IA)". Commandité par le Labo Arts & Techs de Stereolux, il a pour objectif d’imaginer et de questionner les différents enjeux économiques, sociaux et culturels de l’arrivée de l’intelligence artificielle dans notre quotidien. Vaste sujet !

Après un atelier d'idéation le 18 novembre 2017, et un atelier pour proposer des contre-récits le 13 décembre 2017 lors de la journée thématique, les résultats de ce projet seront présentés le 24 janvier 2018. Pour nous faire patienter, rencontre avec Design Friction, laboratoire de « speculative design ».

Lire l'article sur Digitalarti 

 

Publié le 29/11/2017

Cycle IA : Retour sur la conférence “Design et Intelligence Artificielle”

L'exploration de l'Intelligence Artificielle se poursuit, cette fois centrée sur la sphère du design lors d'une conférence dédiée, programmée jeudi 23 novembre 2017 en salle Maxi. Professionnel et enseignant abordent le développement et le déploiement de produits intégrant des éléments d’intelligence artificielle, questionnant de manière directe les relations entre utilisateurs et objets technologiques et soulevant des enjeux nouveaux en termes de design et de conception, aussi bien au niveau des pratiques des designers que de leurs impacts humains et éthiques.

Quels rôles les designers jouent-ils dans cette démocratisation de l’intelligence artificielle ? Comment peuvent-ils contribuer au développement de technologies porteuses de progrès social et humain ? En quoi l’intelligence artificielle questionne-t-elle les pratiques actuelles des designers ?

Intervenants​
Jean-Louis Fréchin, designer et fondateur de l’agence NoDesign
Daniel Gaffner, enseignant en design graphique à l’Université de Malmö (intervention en anglais)


Événement organisé en partenariat avec l’École de Design Nantes Atlantique

 

 

Publié le 06/11/2017

Cycle IA : Retour sur la conférence d’introduction “Qu’est-ce que l’intelligence artificielle ?

En guise de préambule au Cycle Intelligence Artificielle, la conférence d'introduction, qui s'est déroulée mardi 25 octobre 2017 au Bâtiment B, avait pour objectifs de revenir sur les technologies présentes derrière le terme d’intelligence artificielle, et de présenter les enjeux philosophiques, anthropologiques et éthiques que soulève le développement de ces technologies. Les différentes notions abordées permettent ainsi d’alimenter les réflexions mises en oeuvre tout au long de ce cycle.

Intervenants
Harold Mouchère, Maître de conférences à l'Université de Nantes, LS2N
Anne-Laure Thessard, doctorante en philosophie et sémiotique à l’Université Sorbonne-Paris IV

 

Conférence organisée avec le soutien du Laboratoire des Sciences du Numérique de Nantes de l’Université de Nantes​

 

 

Publié le 10/10/2017

Art et intelligence artificielle, le grand détournement

En introduction du cycleque le Labo Arts & Techs de Stereolux consacre cet automne à l’intelligence artificielle (IA), Nicolas Barrial retrace les relations entre l'intelligence artificielle - et notamment des réseaux neuronaux - et les sphères de l'art et de la culture.

Lorsqu’on aborde l’intelligence artificielle (IA) et ses domaines d’intervention, on est confronté à un questionnement, notamment lorsqu’il s’agit de domaines identitaires chez l’humain. L’IA elle-même interroge sur la définition de l'intelligence. Idem pour la conscience lorsque les techno-optimistes prêchent son hypothétique éveil chez la machine. L’art n’y échappe pas. Si l’on peut s’amuser du cousinage étymologique du mot “artificiel”, l’art constitue bien un trait distinctif de l’humain et la culture ne l’est pas moins. Aussi a-t-on parfois du mal à envisager que l’intelligence artificielle viennent y jouer les trouble-fêtes.

L’apprentissage profond

Et pourtant, en 2015, d’étranges images fleurissent sur les réseaux sociaux, volontiers psychédéliques, avec un fort tropisme canin. Ce sont les “oeuvres” de Deep Dream, un algorithme signé Google. “Deep”, “profond”, fait référence aux couches de neurones d’un réseau neuronal. Cette architecture, calquée sur le cerveau humain, est la signature du machine learning, l’apprentissage automatique. Ce domaine de l’IA vise à se passer, à terme, de programmes instructeurs en s’appuyant sur une meilleure connaissance des données par la machine. D’où le terme d’apprentissage. Avec malice, Google clame à l’époque que Deep Dream a donné naissance à un courant artistique : l’inceptionnisme. Référence au film Inception (2010). La réalité est plus triviale mais pas moins intéressante.


Le détournement

Deep Dream était destiné à un concours de reconnaissance d’images d’animaux. Or, la banque d’images en question, ImageNet, comportait beaucoup de photos de chiens. La raison, c’est la difficulté d’identifier les caractéristiques d’un chien, pensez à la différence entre un Husky et un Yorkshire. Les ingénieurs Google imaginent alors une expérience et donnent l’instruction suivante à l’algorithme: “Ce que tu vois, je veux le voir encore plus”. Deep Dream fait alors une crise de paréidolie, il voit des chiens partout. On avait clairement affaire à un détournement et les artistes n’y sont pas restés indifférents. Par la suite, Google a libéré le code de Deep Dream et d’autres outils de l’IA ont suivi.

L’abstraction et les modèles génératifs

Les réseaux neuronaux décomposent les images (et plus généralement les données), en détails, presque insignifiants, jusqu’à l’abstraction. Cela permet de reconnaître un objet, même d’après un croquis ou un symbole.


Visualisation topologique d’un réseau neuronal - Terence Broad

On imagine alors aisément qu’ils s'insèrent dans des projets culturels. Mais ce n’est pas tout. Jusqu’à récemment, la part belle était faite aux modèles discriminants, autrement dit, l’IA arbitrait entre des données existantes.

Mais lorsqu’on utilise l’IA pour faire des projections, financières par exemple, on fait appel à des modèles génératifs. L’IA se base toujours sur les données existantes mais pour en créer de nouvelles. Créer. Le mot est lâché. Or, récemment, ce modèle a été combiné avec les progrès de la vision par ordinateur (computer vision) et l’IA s’est mise à produire des images troublantes de vérité.


En haut une vidéo, en bas une vidéo générée par un réseau neuronal prédictif. © Coxlab

Les réseaux adversaires

En 2014, Yann Goodfellow, jeune ingénieur de chez Google Brain eut alors l’idée d’associer les deux modèles de réseaux; l’un génère une image, tandis que l’autre, discriminant, choisit si l’image fait partie des données originales. Si l’image est rejetée, le modèle génératif améliore sa proposition. Un cercle vertueux en somme. En 2016, les GAN (Generative Adversarial Networks) ont fait l’objet d’une publication scientifique d’Apple pour améliorer les images de synthèse. Mais les réseaux neuronaux ont aussi leurs détracteurs, jugés pas assez formalistes tant il est difficile de tracer leurs raisonnements. D’autres y voient l’occasion de falsifier l’information ou d’outrepasser les conventions éthiques, comme les métamorphoses ethniques de Faceapp ou le controversé “Gaydar”, développé par l’université de Stanford, qui détecterait l’homosexualité sur les visages. Ce qui fait dire à Alexandre de Brébisson, co-fondateur de Lyrebird, un programme d’IA qui imite les voix, qu’une telle technologie implique de nouvelles responsabilités. Raison de plus pour que la culture s’en mêle.

Par Nicolas Barrial

Pour en savoir + sur les événements du cycle thématique :

Publié le 09/10/2017

Design graphique et intelligence artificielle : vers un design algorithmique?

Design graphique et intelligence artificielle : vers un design algorithmique?

Le studio de design graphique, typographique et interactif Chevalvert est à l’origine de l’identité visuelle du cycle que le Labo Arts & Techs de Stereolux consacre cet automne à l’intelligence artificielle (IA).

 

Nous leur avons posé quelques questions sur leur démarche expérimentale pour chercher à comprendre quels pouvaient être les liens existants ou à venir entre le design graphique et une IA.

Cet entretien est aussi un prélude au workshop Machine Jacking que Chevalvert animera sur cette thématique.
 

Quelle est la place de l'algorithme et de l'aléatoire dans la création de l'identité du cycle sur l'IA? S'agit-il vraiment d'une IA?

Il ne s'agit pas d’IA à proprement parler mais plutôt d’une déambulation aléatoire sur un territoire graphique. Concrètement, un territoire graphique a été mis en place à l'aide des règles inspirées de l'IA, des cadrages subjectifs ont ensuite été fait par l'humain. Nous n’avons pas permis (cette fois-ci) à la machine d’effectuer une création visuelle originale, mais simplement d’en parcourir la surface avec certaines règles. L’idée était de se mettre “dans la peau” d’une IA. Une démarche plus proche du Conditional Design ou de l'OULIPO que du logiciel-boîte-noire.

Quels sont les outils de développement (logiciels) qu'un designer graphique utilise lorsqu'il s'inscrit dans une telle démarche? Est-ce qu'ils réclament les mêmes compétences que ceux qu’il utilise habituellement ?

Nous allons justement mener un workshop à Stereolux sur cette question. L’idée de Machine Jacking (c’est le nom du workshop) est de détourner, hacker, jacker des IA afin de les utiliser comme un outil de génération graphique pour générer quelque chose de différent de ce pour quoi elles ont été prévues et programmées. Nous ne sommes pas ingénieurs mais en tant que designers, nous allons nous intéresser à certains scripts, qui représentent l’outil technique principal associé à une démarche de conception utilisant l’IA. Siri, les chatbots, OCR sont autant de briques logiciels qui peuvent être associées et détournées pour permettre aux concepteurs graphiques de se réapproprier un processus lié à une IA.


Comment dialoguent les outils de création graphique traditionnels (photoshop, Indesign...) et ces lignes de code ?

Actuellement, les outils de création graphique ne facilitent pas encore pleinement le dialogue avec des processus d’IA. Ces logiciels comportent bien des “portes d’entrées” pour intégrer des flux XML ou exécuter des scripts sur de multiples images mais ils ne permettent pas de concevoir facilement des processus associés directement à une IA.

Dans le domaine de la création, les démarches liées à l’lA vont pousser le designer à aborder une création comme l’écriture d’une série d’étapes et de traitements d’informations débouchant sur un résultat visuel, physique ou spatial.

Aujourd’hui, des interfaces de création par le code (Processing par exemple) permettent de mettre en place des démarches de conception originales pouvant déboucher sur la création d’illustrations d’une extrême complexité comme sur la production de mise en page générative.

Ce type de processus de création programmé permet parfois de gagner un temps considérable mais ouvre aussi la possibilité d’être confronté à l’erreur. En effet, le résultat est parfois celui que l’on imaginait, parfois pas tout à fait, et c’est souvent intéressant. Le tout est de tenter de garder le contrôle sans se faire happer par la puissance technique.

Historiquement, la relation que le créateur a entretenu avec son outil s’est continuellement transformée. L’IA semble être la prochaine évolution dans l’histoire entre les créateurs visuels et leurs outils. Après les outils d’écriture (plume, stylo, feutre…), les procédés d’imprimerie et  les logiciels de créations graphiques (CAO).

Cette démarche expérimentale annonce-t-elle des changements profonds dans les métiers de la création graphique où l'IA supplanterait les designers et leur palette graphique ?

Les métiers de la création furent bouleversés au moment de l’apparition de l’outil informatique. De nombreux métiers disparurent d’un coup car l’ordinateur offrait la possibilité de faire la même chose et beaucoup plus rapidement. On peut imaginer que l’IA produise le même phénomène. Toutefois, il faut rester prudent sur la place que l’IA aura dans les métiers de la création. Tout comme le code, elle deviendra un outil qu’on s’approprie, qu’on déforme, qu’on influence sans pour autant supplanter le concepteur et sa conscience. C’est en tout cas ce qu’il faut espérer

Politique fiction : dans ce contexte quel est le devenir des professions créatives ? Le chômage de masse ? Le remplacement des profils créatifs par les développeurs ?

Deux scénarios pourraient se produire. Dans le premier, les professions créatives garderaient le contrôle sur les IA et s’efforceraient (car ce sera un effort, il faut bien l’avouer) de ne pas leur laisser “faire le bon choix” sans esprit critique.

En cas de “laisser faire”, un deuxième scénario (catastrophe ?) est envisageable. Une IA pourrait “apprendre” une telle quantité d’informations sur le fonctionnement intellectuel et l’histoire des cultures esthétiques des êtres humains qu’elle se mettrait à créer ses propres éléments de fonctionnement (langage, structure de pensée…). Éléments que l’être humain serait incapable de discerner et/ou de comprendre mais qu’il trouverait fascinants. L’IA prendrait alors le meilleur sur l’humain et chercherait ensuite à le surpasser. La créativité biologique ne ferait alors plus le poids face à cette fulgurance technologique, et l’être humain se verrait contraint de simplement “nourrir” cette IA pour l’éternité. Mais là, on joue à se faire peur, non ?

Le studio Chevalvert animera le workshop Machine Jacking (design graphique et intelligence artificielle)
Jeudi 30/11 et vendredi 01/12
>> infos et réservation

POUR EN SAVOIR + SUR LES AUTRES ÉVÉNEMENTS DU CYCLE THÉMATIQUE :