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Labo Arts & Techs

Art Machine : Spectacle vivant et industrie

Publié le 31/12/2017

Robots, imprimantes 3D, drones, exosquelette, la machine industrielle s’invite de plus en plus couramment dans l’art et le spectacle vivant. Sur les planches, dans les musées, dans le domaine de la performance, ces outils conçus dans le but de fabriquer des produits à la chaîne s’emparent de nos émotions et deviennent les véhicules d’une narration théâtrale, philosophique, poétique. Qui sont les artistes qui misent sur le croisement de l’art et de l’industrie ? Qu'est-ce que ces détournements d’usages disent de notre époque et de notre culture ? Comment cela influence-t-il la production de spectacle ? Quelques réponses dans ce panorama de l’“art machine”.


Inferno - Photo © ELEKTRA-Gridspace

Alors que les machines s’imposent dorénavant naturellement dans nos vies par le biais de l’informatique omniprésente (ordinateurs, mais aussi Smartphones, objets connectés, jouets), ce sont aujourd’hui les machines industrielles, parfois imposantes et généralement assignées à des tâches précises par l’industrie, qui s’invitent au spectacle et dans le spectacle. Machines humanoïdes ou inquiétantes d’étrangeté, elles sont le symbole des défis futurs avec lesquels le genre humain va devoir négocier pour préserver ce qui fait son humanité : empathie, émotion, créativité. De plus en plus souvent inclue comme actrice et participante à part entière, la machine s’humanise, danse, prend la pose, écrit et récite du texte théâtral, fait des pirouettes et séduit le public.

Mais son intégration dans les faits est-elle aussi facile qu’il y paraît ? Notre rapport à la machine, mais également à l’humain contemporain dont le corps se mécanise de plus en plus, est tout à la fois emprunt de fascination, de compétition et parfois de répulsion. L’outil intelligent, ou pas, est ce qui restera quand nous aurons disparu (et c’est toute la question d’Artefact, la pièce de Joris Mathieu dont nous parlerons plus loin). Elle est à notre service sans âme ni conscience. Ou bien nous trompons-nous ? Créée par l’humain, est-elle plus humaine que nous le pensons ? Intéressante question grâce à laquelle, en plus d’être ce formidable outil de narration et de scénographie, la machine entre de plain-pied dans notre mythologie contemporaine (via la science-fiction, entre autre). Et certains s’emparent de ces mythes modernes pour prendre à rebrousse poil le mythe de la machine infaillible et implacable, rendue ici sensible, poétique, et même émouvante, par la magie de l’art.

La machine dans le spectacle vivant

L’utilisation de machines en art, et plus particulièrement dans le spectacle, n’est pas nouvelle. Le futurisme italien et son pendant russe glorifiaient déjà l’arrivée de la machine et prônaient son utilisation dans l’art dès les années 1900, au théâtre comme dans les arts plastiques. Le terme “robot” est d’ailleurs né au théâtre en 1920, sous la plume du dramaturge tchèque Karel Capek dans sa pièce R.U.R. (pour “Rossum Universal Robot”). Les années 50’, folles d’innovations, de design et de vitesse, portent en elles le germe de la modernité que nous vivons aujourd’hui, et les studios d’Hollywood abreuvent le public de robots et autres machines étranges provoquant diverses mutations. Dans les très technocrates années 60’, impossible de ne pas nommer l’œuvre du fameux artiste vidéo Nam June Paik et son totem robotique (Robot K-456, 1964), Norman White, pionnier de l’art génératif qui détourne des circuits imprimés pour First Tighten Up on the Drums (1967) ou encore au cinéma le fabuleux Playtime du Français Jacques Tati (1967) qui influence encore aujourd’hui de nombreux réalisateurs et metteurs en scène dans le monde. Les enjeux, pourtant, sont différents. Qu’il s’agisse d’une glorification ou d’une mise en garde, quand l’art s’emparait de la machine, il s’agissait alors le plus souvent d’un artefact unique, un robot censé incarner des valeurs humaines (comme Robby, le robot protecteur de Planète interdite (1956) ou HAL dans 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick). Aujourd’hui, il est question de faire entrer des machines industrielles ou “professionnelles”, dans ce que le philosophe Peter Sloterdijk nomme le “parc humain”(1) mais aussi son imaginaire. C’est une nouvelle révolution artistique et esthétique.

Industrie lourde & industrie du spectacle

Les enjeux de ce croisement entre outils industriels (notamment les outils assez “lourds”, type bras robotiques et autres machines automatisées d’usinage) et création artistique, sont multiples et passionnants. Des métiers se créent de fait, adaptant la machinerie théâtrale à l’air du temps et aux techniques de l’époque. La technologie, [nous l’avons cité (voir notre dossier en trois parties “La réalité virtuelle et ses applications dans le spectacle vivant”)], fait partie intégrante du processus de création, en musique, au théâtre, en danse, au cinéma bien sûr, et même dans les arts plastiques. Pour autant, l’utilisation de machines lourdes et techniquement définies comme productrices de biens de consommation ou d’autres machines (automobiles, avions, électroménager) est une nouveauté. Pour ce faire, il a fallu détourner toute cette mécanique de son usage premier.

C’est la tâche à laquelle s’est attelé Clément-Marie Mathieu, fondateur du LIE (Laboratoire de l’inquiétante étrangeté) en région Rhône-Alpes. Ce musicien de formation diplômé de l’ENSATT, auteur d’un mémoire sur les interfaces homme-machine en musique, également régisseur son, participe à l’intégration d’anciens robots industriels au sein de pièces de théâtre et de spectacles divers, mais aussi d’entreprises. Accompagné de son ami et collaborateur Patrice Bouteille de Robotique Concept(2) (société de recyclage de robots d’occasion ou neufs à destination des petites ou moyennes entreprises), il achète, vend et loue ces machines aux compagnies de spectacle vivant. De par leur expérience, les deux collaborateurs sont conscients du sentiment étrange qui peut lier l’homme et la machine. L’empathie, l’attachement ou la répulsion éprouvés par l’humain face à son compagnon mécanique est une des bases de leur passion pour ce métier, tout comme ces sentiments sont sources de fascination pour les artistes.

Machinerie théâtrale et débat éthique

Le théâtre, on le sait, est un lieu de constante expérimentation technique. L’utilisation fréquente et expérimentale de techniques émergentes au cours de son histoire est la preuve d’une volonté continue d’intégrer l’innovation technologique. De plus, l’intégration de nouvelles techniques est également un gage d’évolution des écritures, ainsi que le reflet d’une évolution sociale. Le fait que des machines soient implicitement inscrites dans l’évolution d’une pratique artistique au même titre que les humains dont c’est le métier (metteurs en scène, régisseurs techniques, ...) est le signe d’une évolution culturelle autant que technique ou esthétique. C’est tout le propos d’Artefact, objet théâtral hybride créé par Joris Mathieu, metteur en scène au sein de la Cie Haut et Court et directeur du Théâtre Nouvelle à Lyon, et Nicolas Boudier, scénographe.

Cette pièce-installation pour deux imprimantes 3D et un bras robotique industriel se vit comme une petite révolution dans une discipline pourtant ouverte aux évolutions techniques. Artefact est une “pièce” présentée sous forme de parcours en trois actes qui se visite comme un musée et initie une réflexion à la fois philosophique, éthique et artistique profonde sur la place de la technologie dans la création contemporaine. Pour Nicolas Boudier, “il y a toujours eu dans le regard scénographique, deux grandes directions, dont l’une était l’interrogation des nouveaux outils et des nouvelles technologies (le théâtre optique, la vidéo, ...), qui font également avancer notre pratique et nous permettent de créer de nouvelles formes, mais toujours avec une conscience de l’héritage de la machinerie traditionnelle. Avec ces nouveaux outils, nous nous réapproprions des techniques anciennes, qui pour certaines, datent du théâtre de Shakespeare, et nous les réintégrons en additionnant à ces effets-là des outils modernes comme la vidéo ou le vivant”. Dans son utilisation de machines industrielles basiques, mais également dans le choix d’une scénographie déshumanisée, Artefact utilise ces réflexions sur la machinerie théâtrale pour évoquer aussi la question du devenir du genre humain à une époque où celui-ci donne l’impression d’organiser son propre remplacement. À ce titre, cette œuvre inclassable est exemplaire (même au regard d’autres propositions comme le Sans Objet d’Aurélien Bory), à la fois des questions qui parcourent le spectacle vivant d’aujourd’hui en matière d’usage des technologies, mais aussi des grandes questions philosophiques de notre temps. (À noter que Sans Objet, comme Artefact, ont bénéficiés des conseils et du savoir de Clément-Marie Mathieu et de l’équipe de Robotique Concept).

Dialogue artistique homme-machine

  • Les arts numériques

Voila un moment que la machine s’est invitée dans ce que l’on nomme les “arts numériques” (ou “art contemporain numérique”), terme définissant les activités artistiques faisant appel à l’informatique, le code, et par extension, l’interactivité, les scénographies lumineuses gérées informatiquement, la robotique, ou plus généralement, qui célèbrent le croisement fécond des sciences, de l’ingénierie et de l’art. Dans ce domaine, l’usage de la robotique industrielle, de l’imprimante 3D ou de drones est désormais courant. En matière d’usage singulier de machinerie d’usinage, on peut citer Bios [bible] du collectif allemand de Robotlab, dont le principe tient dans l’utilisation d’un énorme bras robotique d’usine qui recopie la Bible dans le style calligraphique enluminé des moines copistes du Moyen Âge, unissant brutalité mécanique et finesse de la reproduction : “Et soudain, comme par miracle, une émotion naît !”. Dans un style proche, il faut également connaître les séries Human Study (2013) et Human Traits (2015) de Patrick Tresset qui placent le public en situation de modèle pour une classe très appliquée “d’élèves robots” qui vous tirent le portrait. Dans le domaine de la performance, citons l’impressionnant Inferno des artistes Bill Vorn et Louis-Philippe Demers, une œuvre participative aussi émotionnellement que physiquement éprouvante qui met en scène une vingtaine (parfois plus) d’exosquelettes tout droit sortis d’un film de science-fiction.

Cette performance très physique invite le spectateur à enfiler ces structures mécaniques d’environ 20 kg qui recouvrent le haut du corps (épaules, taille et bras). Chaque partie de sa structure est commandée par les artistes durant la performance qui tient tout autant de la rave party robotique que d’un système de soumission proche de la claustration sado-maso. Une expérience mystique d’emprisonnement et de subordination à la puissance de la machine incarnée dans une performance de près de quarante minutes !

  • Théâtre / Danse

Au théâtre, l’utilisation de robots est-elle la marque d’une mainmise technicienne sur la représentation au profit d’un metteur en scène ou s’agit-il, au contraire, d’un dialogue expérimental et fécond entre l’homme et la machine ? Dans Artefact, on l’a vu, le propos désigne clairement la seconde affirmation. C’est aussi le cas de La Métamorphose, une adaptation de la célèbre nouvelle de Kafka par Oriza Hirata, un metteur en scène chez qui les robots donnent souvent la réplique aux comédiens (dans Les Trois Sœurs d’Anton Tchekhov par exemple) tout en jouant sur l’effet de gêne ressentie par l’être humain devant une machine qui lui ressemble trop. Ces robots androïdes, nommés “géminoïdes”, sont à l’origine du concept de “vallée dérangeante” (the uncanny valley) par le roboticien japonais Masahiro Mori, qui constata dans ses travaux que l’humain éprouvait moins de gêne dans sa relation au robot si celui-ci ne lui ressemble pas. Cette relation est également le sujet de son adaptation théâtrale La Métamorphose, où le personnage se transforme en robot plutôt qu’en cancrelat. Le devenir machine de l’homme est ici à nouveau questionné du point de vue de son étrangeté. Humanoïde mais clairement mécanique, à quel règne appartient-il ? Biologique ou mécanique ?

En danse nous citions Sans Objet, un spectacle d’Aurélien Bory et de la Cie 111, qui donnera plus tard l’installation du même nom. Dans le spectacle, un monstrueux bras robot industriel défie la pesanteur avec une grâce animale en offrant un spectacle de danse aérienne où le duo homme-machine se joue des idées préconçues et des genres : le débat homme-machine ici est l’occasion d’une rencontre et d’un dialogue : “Nous vivons une nouvelle ère”, annonce le texte de présentation de la Cie 111, “où la relation entre l’être humain et la technologie se déploie considérablement. Là où il existait une frontière indiscutable, claire, connue de tous, à savoir celle entre l’inerte et le vivant, on voit apparaître une zone de latence, dominée par deux questions qui s’opposent. Le vivant va-t-il étendre son territoire dans la machine, ou est-ce la technologie elle-même qui gagnera le terrain du vivant ? Le dialogue entre l’homme et la machine est de plus en plus profond, complexe. La compétition est inévitable”. Avec Sans Objet, l’art se pose en observateur concerné de son époque et de son rapport aux machines. Il ne s’agit pas d’une compétition, ni d’un objet de répulsion. C’est aussi le propos de la plupart des chorégraphes qui ont réalisé des spectacles avec des robots depuis quelques années. Dans la catégorie “robot de compagnie”, on ne peut nier le succès de Nao, le petit robot humanoïde conçu par Aldebaran Robotics. Avec Robot de Blanca Li (2013), nous sommes également conviés à un dialogue inter-espèces. Un échange qui se base sur le langage du corps cette fois. Nao ayant tous les attributs physiques d’un humain, peut-on le faire bouger comme un danseur. C’est ce qu’arrive assez bien à faire Blanca Li, ses huit danseurs et sept Nao (qui partagent la scène avec les étranges machines musicales de Maywa Denki). De son côté, le chorégraphe Éric Minh Cuong Castaing utilise également des robots Nao accompagnant deux danseurs, et des enfants, pour son spectacle qui questionne le futur de l’humanité, School Of Moon (2016). Pour finir ce panorama non-exhaustif, on citera Link Human/Robot d’Emmanuelle Grangier (2012 - 2015) qui utilise également un petit Nao pour illustrer la mise en forme d’un dialogue intimiste, et espérons-le, porteur d’espoir, entre l’homme et la machine.

Maxence Grugier
Article rédigé en partenariat avec le Laboratoire Arts & Technologies de Stereolux


(1) Peter Sloterdijk - Règles pour le parc humain, 1999
(2) www.robotiqueconcept.com société basée à Saint-Georges-de-Reneins dans le Beaujolais

 

Article publié dans la Revue AS - Actualité de la Scénographie N°216 
Le Laboratoire Arts & Technologies de Stereolux s’associe avec les Éditions AS (Actualités de la scénographie) pour une série d'articles consacrés aux technologies numériques, à l'art et au design. L'occasion de partager un point de vue original et documenté sur le futur des pratiques artistiques, en particulier dans le champ du spectacle vivant.

 

 

 

APPEL À PROJETS ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR « ARTS & TECHNOLOGIES » 2018 – ELECTRONI[K], LA GAÎTÉ LYRIQUE & STEREOLUX

Publié le 21/12/2017

En 2018, Electroni[k], Stereolux et La Gaîté Lyrique s’associent pour accompagner, soutenir et produire 3 créations mêlant Arts & Technologies.

Étudiants, proposez un projet innovant au croisement des arts et des technologies !


After Eden – Mélanie Courtinat, Iseult Perrault & Salomé Chatriot / Lauréats 2017 © Gwendal Le Flem

► Type de projets : installations immersives, installations interactives, applications iPads ou Android, contenu pour dispositif de réalité virtuelle…
► Mots-clés : croisement artistique – design – technologie – graphisme – vidéo – création sonore – réalité augmentée – réalité virtuelle – coopération – innovation
► Budget : jusqu’à 2 000 € TTC par projet (achat de matériel, temps de travail, logistique, communication).

Conditions d’éligibilité :

► Être étudiant en 2017 / 2018
► Utiliser ou détourner une technologie ou un logiciel. Exemples : Arduino, Processing, Ableton Live, Occulus…
► Appel à projets ouverts à tous les étudiants de toutes nationalités.

Informations complémentaires :

► La faisabilité technique et budgétaire, ainsi que la capacité de diffusion sur d’autres évènements et lieux seront particulièrement observées.
► Un projet peut être porté par un ou plusieurs étudiants, et associer d’autres acteurs (artistes, partenaires…). Une équipe pluridisciplinaire est un atout pour la candidature.
► Une ou plusieurs des 3 structures associées à l’appel à projets proposeront des espaces de travail et un accompagnement (artistique, technique, logistique, conseil et aide à la structuration, communication, mise en réseaux…) en fonction du projet.

Informations à nous communiquer :

► Catégorie du projet : Installation ou application
► Coordonnées
► Projet (nom, résumé, mots-clefs)
► Lien mediafire pour télécharger un dossier au format ZIP (impératif) de taille maximum de 5 Mo, contenant : une présentation du projet, des visuels, les besoins matériels (fiche technique et budget de production) et un lien vidéo si existant.

IMPORTANT : Les projets ne respectant pas les critères indiqués précédemment ne seront pas étudiés.


Diodon – Collectif Dynamorphe / Lauréats 2017 © Gwendal Le Flem

Le(s) projet(s) retenu(s) par le comité de sélection seront accompagnés et produits jusqu’à l’automne 2018 et seront présentés lors d’un des temps forts des structures entre septembre 2018 et juin 2019.

► Electroni[k] : festival Maintenant octobre 2018
► La Gaîté Lyrique : temps fort en automne 2018
 Stereolux - festival Scopitone : du 19 au 23 septembre 2018 ou pendant la saison culturelle de Stereolux d’octobre 2018 à juin 2019

En cas de sélection, les porteurs de projets s’engagent à être disponibles sur le temps de présentation et d’accompagnement de leur création. Ils peuvent également être invités à présenter leur création dans le cadre de rencontres, tables rondes ou conférences.

Date limite de candidature : 15 février à minuit

CANDIDATEZ ! 

 

CYCLE IA : RETOUR SUR LA CONFÉRENCE "Quel futur pour l'IA ?"

Publié le 20/12/2017

En conclusion du cycle, cette conférence du 14 décembre 2017 aborde les développements à venir de l’intelligence artificielle, aussi bien au niveau technologique que créatif.

Une première intervention propose un regard prospectif sur les développements technologiques et scientifiques à venir dans le champ de l’intelligence artificielle, et les problématiques techniques et conceptuelles qu’ils poseront. Elle présente les futures évolutions de ces technologies, et ouvrira de nouvelles pistes de réflexions sur le devenir de l’intelligence artificielle, de ses applications et de ses impacts.

Une deuxième intervention aborde les évolutions à venir dans le champ de l’art et du design, en lien avec les évolutions de l’intelligence artificielle prévues dans un futur proche. Elle permet de revenir sur les principaux enjeux abordés pendant le cycle, et d’esquisser de nouvelles formes d’interactions entre artistes, designers, intelligences artificielles et publics.

Intervenants
Florian Richoux, maître de conférence à l’Université de Nantes (Laboratoire LS2N)
Sylvie Tissot, informaticienne (intervention annulée pour raisons de santé)

Avec le soutien du Laboratoire des Sciences du Numérique de Nantes de l’Université de Nantes

 

 

CYCLE IA : RETOUR SUR LA CONFÉRENCE “L' Imagination artificielle”

Publié le 14/12/2017

Cette conférence,  programmée mercredi 6 décembre 2017, a pour objectifs de décrypter ce qu'implique (ou n'implique pas) l'apparition d'outils technologiques utilisant des éléments d'intelligence artificielle par rapport aux pratiques artistiques actuelles ou futures, et d'analyser en retour comment les questionnements et les apports conceptuels amenés par les artistes peuvent enrichir les réflexions actuelles autour de l'intelligence artificielle.
Elle aborde la notion d’imagination artificielle, c’est-à-dire la faculté des machines à produire des images. Cette capacité nouvelles des machines à générer des flux de médias de manière autonome bouleverse notre propre rapport à l’imagination et à l’esthétique, et questionne la façon dont ces deux notions sont influencées par les technologies que nous produisons.

Intervenants
Grégory Chatonksy, artiste
Manuela de Barros, maître de conférence en philosophie, esthétique et théories des arts, Université Paris 8

 

 

Design Friction : Les fictions du design autour de l’intelligence artificielle, par Digitalarti

Publié le 30/11/2017

Rencontre avec le studio Design Friction avant la restitution du projet utop/dystop(IA) le 24 janvier prochain

Digitalarti, partenaire du cycle thématique "Art, design et intelligence artificielle", a rencontré le studio Design Friction qui porte le projet collaboratif "utop/dystop(IA)". Commandité par le Labo Arts & Techs de Stereolux, il a pour objectif d’imaginer et de questionner les différents enjeux économiques, sociaux et culturels de l’arrivée de l’intelligence artificielle dans notre quotidien. Vaste sujet !

Après un atelier d'idéation le 18 novembre 2017, et un atelier pour proposer des contre-récits le 13 décembre 2017 lors de la journée thématique, les résultats de ce projet seront présentés le 24 janvier 2018. Pour nous faire patienter, rencontre avec Design Friction, laboratoire de « speculative design ».

Lire l'article sur Digitalarti 

 

Cycle IA : Retour sur la conférence “Design et Intelligence Artificielle”

Publié le 29/11/2017

L'exploration de l'Intelligence Artificielle se poursuit, cette fois centrée sur la sphère du design lors d'une conférence dédiée, programmée jeudi 23 novembre 2017 en salle Maxi. Professionnel et enseignant abordent le développement et le déploiement de produits intégrant des éléments d’intelligence artificielle, questionnant de manière directe les relations entre utilisateurs et objets technologiques et soulevant des enjeux nouveaux en termes de design et de conception, aussi bien au niveau des pratiques des designers que de leurs impacts humains et éthiques.

Quels rôles les designers jouent-ils dans cette démocratisation de l’intelligence artificielle ? Comment peuvent-ils contribuer au développement de technologies porteuses de progrès social et humain ? En quoi l’intelligence artificielle questionne-t-elle les pratiques actuelles des designers ?

Intervenants​
Jean-Louis Fréchin, designer et fondateur de l’agence NoDesign
Daniel Gaffner, enseignant en design graphique à l’Université de Malmö (intervention en anglais)


Événement organisé en partenariat avec l’École de Design Nantes Atlantique

 

 

VIDE TON SAC : DISNOVATION.ORG

Publié le 09/11/2017

Nicolas Maigret et Maria Roszkowska, initiateurs du groupe de travail Disnovation.org et de l'exposition éponyme qui se tiendra à Stereolux du 1er au 17 décembre, partagent ici une sélection en résonnance avec leur travail autour du piratage, du détournerment, de l'innovation technologique, et y glissent aussi quelques coups de coeur !

Mutations technologiques (texte)
Anna Greenspan, Suzanne Livingston - Future Mutation: Technology, Shanzai and the Evolution of Species

 

Délocalisation & Iphones (livre)
La machine est ton seigneur et ton maître - Yang - Jenny Chan - Xu Lizhi

 

Le No-Phone Air (produit)
https://www.thenophone.com/


 

Droit à la réparation (article)
How We Think about E-Waste Is in Need of Repair

Fiction urbaine spéculative (art)
Liam Young - Hello City! - 2017

Hyperconsommation (web)
Taobao Media - Kim Laughton

Cycle IA : Retour sur la conférence d’introduction “Qu’est-ce que l’intelligence artificielle ?

Publié le 06/11/2017

En guise de préambule au Cycle Intelligence Artificielle, la conférence d'introduction, qui s'est déroulée mardi 25 octobre 2017 au Bâtiment B, avait pour objectifs de revenir sur les technologies présentes derrière le terme d’intelligence artificielle, et de présenter les enjeux philosophiques, anthropologiques et éthiques que soulève le développement de ces technologies. Les différentes notions abordées permettent ainsi d’alimenter les réflexions mises en oeuvre tout au long de ce cycle.

Intervenants
Harold Mouchère, Maître de conférences à l'Université de Nantes, LS2N
Anne-Laure Thessard, doctorante en philosophie et sémiotique à l’Université Sorbonne-Paris IV

 

Conférence organisée avec le soutien du Laboratoire des Sciences du Numérique de Nantes de l’Université de Nantes​

 

 

Atelier Rob'autisme : les prolongements de l'expérimentation (2017)

Publié le 02/11/2017

Depuis 2014, des ateliers culturels initiant de jeunes autistes à la manipulation du robot humanoïde Nao ont été mis en place par Stereolux, le Centre psychothérapique Samothrace (CHU de Nantes), l'association Robots! et l'École Centrale de Nantes. Ce projet a permis une collaboration entre le monde de la psychothérapie, le monde de la robotique et celui des arts, et impulsé une expérimentation inédite et prometteuse.

Pour cette édition 2017, si la formule reste identique aux deux éditions précédentes, c'est un nouveau groupe, de cinq enfants, qui a expérimenté l'atelier Rob'autisme avec un résultat toujours aussi enrichissant ! Au cours de 20 séances de travail, 10 consacrées à la création sonore et les 10 autres à la manipulation des robots, chacun a pu prêter sa voix aux Nao et programmer leurs gestes pour raconter une histoire. Une expérience qui, plus largement, permet de travailler sur l'échange, la place de l'enfant dans le groupe, les liens entre l'écrit et la parole, l'intention et l'émotion. 

Et les résultats sont probants, comme le souligne Sophie Sakka, enseignante-chercheuse à l’école Centrale de Nantes et présidente fondatrice de l’association Robots! :

"L'enfant se projettant dans le corps du robot qui est une protection rigide, comme un bouclier, peut à son tour parler sans l'aide du robot, très rapidement."

 

Retrouvez l'intégralité de la restitution de l'atelier ici.

Les témoignages des « acteurs » qui ont co-construit l’atelier nantais Rob’Autisme animeront la première partie de la table-ronde "L'enfant, les robots et les écransmardi 21 Novembre à Stereolux. Ils seront suivis d'une ouverture à d'autres expériences de médiation dont témoignera Serge Tisseron. Le psychiatre, expert de renom, abordera plus précisément la place de l'objet numérique auprès des enfants et adolescents, dans le cadre de médiation thérapeutique et/ou familiale, ainsi que les espoirs et craintes qui y sont associés.

Les nouvelles corporalités du bioart

Publié le 24/10/2017

Avec les dernières avancées dans le domaine de la biologie, notre corps ne nous apparaît plus tout à fait comme celui que nous percevions jusqu’alors. La révolution génomique, la crise des perturbateurs endocriniens ou l’activisme pour la décolonisation du corps féminin en ont par exemple profondément bouleversé la perception ces dernières années. On explorera ici comment les artistes de la scène et du bioart détournent et questionnent les sciences du vivant et de l’évolution pour réclamer une vision post-anthropocentrique et hybride de nos corps ou une réappropriation trans-hack-féministe de la médecine. Une “crise dans le corps” laissant place à des subjectivités non-normatives.

La danse, la performance et l’art corporel ne sont pas hermétiques aux développements scientifiques et technologiques. Le chorégraphe Merce Cunningham fut par exemple un promoteur précoce de l’usage de l’ordinateur pour la composition et la notation chorégraphique. Dick Higgins, pionnier du mouvement Fluxus qui utilisa très tôt l’ordinateur dans sa création artistique, définit en 1966 la notion d’art “intermédia” pour réclamer une interdisciplinarité des pratiques. Refusant l’enfermement dans des catégories liées à des médiums, bon nombre d’artistes incluant la science ou la biologie dans leur travail s’appuient aujourd’hui sur cette définition pour qualifier leur art. On abordera donc ici les trois champs disciplinaires de la danse, de la performance et de l’art corporel, et leurs relations avec le biohacking, les évolutions des biotechnologies et des théories de l’évolution, à l’aune de la perspective composite insufflée par cette définition Fluxus de l’art intermédia.

Je ne suis pas le corps que je crois être

François-Joseph Lapointe est directeur du laboratoire d’écologie moléculaire et d’évolution à l’Université de Montréal mais mène parallèlement une carrière d’artiste(1). Sa création repose sur la biologie et les micro-organismes, dans les formes de la chorégraphie, de la performance et de la création visuelle et graphique. Lapointe a par exemple développé dans une thèse le principe de la “choréogénétique”(2), s’appuyant sur sa performance Organisme Génétiquement Mouvementé réalisée à la Place des Arts de Montréal en 2007. L’objectif était d’éliminer le chorégraphe pour le remplacer par une structuration dite objective de la partition. Le public était ainsi invité à dicter au danseur une suite interminable de nucléotides A, T, C, G, représentant l’ADN du danseur, associés à quatre mouvements dans une performance publique durationnelle jouée dans un monte-charge passant d’un étage à un autre des ballets. Cette performance fut ensuite adaptée pour trente danseurs dans la gare centrale de Montréal en 2009 sous le titre Polymorphosum urbanum.

Depuis, François-Joseph Lapointe creuse les possibilités de la métagénomique, ou génomique environnementale, dans le champ de la performance relationnelle. Si le Séquençage du Génome Humain a pris treize ans (entre 1990 et 2003), la métagénomique permet d’obtenir un séquençage en une semaine et d’étudier la communauté d’organismes que nous avons en nous. La métagénomique a conduit au Projet du Microbiome Humain qui a révélé en 2012 que nous étions composés à 99 % de gènes de bactéries et que les différentes parties du corps sont associées à différents micro-organismes. Ces découvertes ont mené à une explosion des projets d’étude des microbiomes : intestinal, cutané, facial, dentaire, vaginal, séminal, conjugal, néonatal, fécal, canin, félin, floral, téléphonique, ... Lapointe y a très vite vu de nouveaux outils pour sa création et s’est engagé depuis quelques années à modifier son microbiome afin de réaliser des égoportraits métagénomiques ou microbiome selfies. Dans la performance relationnelle 1000 Handshakes, initiée au musée de la médecine de Copenhague en 2014, François-Joseph visite la ville en serrant la main au plus grand nombre de gens possible et à chaque cinquante poignées de main, son équipe prend un échantillon bactérien sur la paume de sa main droite et l’analyse en laboratoire, permettant de tirer des égoportraits évolutifs(3).
 

   
Microbiome Selfie, François-Joseph Lapointe, 2014  / 
François-Joseph Lapointe exposant son pied au microbiome du Gange

Devenir animal

Ce goût pour la rencontre de l’art corporel et du bioart, on le retrouve également dans les œuvres produites par la Galerie Kapelica de Ljubljana en Slovénie, dont on connaît par exemple la performance Que le cheval vive en moi du collectif français Art orienté objet, réalisée en 2011. Dans cette performance, Marion Laval-Jeantet se faisait transfuser du sang de cheval pour ressentir “ce que c’est d’être cheval”, une expérience de compatibilité possible du sang préparée minutieusement pendant plus de trois ans, une volonté de comprendre les mécanismes de l’immunité et de questionner le dialogue inter-espèces.
 


May the Horse Live in Me, Art Orienté Objet, 2011

Une autre série de performances produite par la Galerie Kapelica est celle réalisée par l’artiste slovène Maja Smrekar sur la co-évolution de l’homme et du chien au fil des âges. La série, titrée K-9 Topology, a été récompensée par le Golden Nicca dans la catégorie Hybrid Art au Prix Ars Electronica 2017 à Linz en Autriche. Consciente de la nécessité de sortir d’une forme d’anthropocentrisme pour comprendre l’évolution humaine dans ce que l’on définit aujourd’hui comme l’âge géologique de l’anthropocène, Maja Smrekar décidait en 2014 de s’intéresser aux processus métaboliques qui déclenchent les réponses émotionnels qui relient deux espèces, les humains et les chiens, et qui leur permet de coexister ensemble avec succès. Dans le premier volet, Ecce Canis, l’hormone de la sérotonine de Maja Smrekar et celle de Byron, son chien, était transformée en essence odorante à partager avec l’audience, Smrekar cherchant à communiquer ce lien unique qu’elle entretient avec son chien mais qui lie plus généralement les deux espèces. Plusieurs gènes chez les chiens et les humains ont en effet évolué en parallèle, traduisant une adaptation à des environnements similaires. Le gène qui a muté presque parallèlement est celui qui code le transport de la sérotonine, un facteur qui fait que les deux espèces sont capables de tolérer la présence l’une de l’autre. Smrekar nous pointe ainsi que depuis que la scission entre les loups et les chiens s’est produite, il y a environ 32 000 ans, il semble que les humains et les chiens se sont mutuellement apprivoisés pendant des milliers d’années. Le second volet, I Hunt Nature and Culture Hunts Me, une performance avec des loups traduisant les origines de la co-évolution, fut produite en 2014 à Bourges, à l’occasion des Rencontres Bandits-Mages et d’une résidence organisée par le festival au studio de cinéma animalier Jacana Wildlife Studios (L’Ours, Le Peuple migrateur, ...) en Sologne. Smrekar abordait enfin l’imaginaire de l’hybridation homme/chien avec les dernières performances de la série, Hybrid Family et ARTE_mis.
 

  
K9_Topology: Ecce Canis, 2014 - Photo © Maja Smrekar

 
K9_Topology: Hybrid Family, 2015 - Photo © M. Smrekar & M. Vason​ / 
K9_Topology: ARTE_mis, Maja Smrekar, 2016 - Photo © Sekelj, Hana Josic

Devenir plante

La Galerie Kapelica organise régulièrement des ateliers de biohacking et de science Do-It-Yourself à destination de jeunes publics, amenant les participants à fabriquer leur propre microscope, mettre en place leur incubateur, élever des bactéries, ... Parmi les artistes-acteurs de ces ateliers, on retrouve Špela Petrič, docteure en biologie et artiste, également membre du réseau international Hackteria.org de bioart open source et de développement de matériel générique pour la biologie DIY.

Si Art Orienté Objet ou Maja Smrekar cherchent la fusion avec l’animal, Špela Petrič s’intéresse au devenir plante. Dans son projet de 2016 Ectogenesis, Petrič voulait dépasser les parentés sanguines et les lignées génétiques “pour explorer des aspects plus subtils d’entremêlements radicaux et de brouillage des catégories” et les relations entre plantes et hormones humaines. Pour cela, son choix a été de s’unir à une plante célèbre, l’Arabette des dames, un organisme devenu modèle biologique pour la recherche depuis 1998 et dont le génome a été le premier génome de plante à être totalement séquencé en 2000.

Cherchant à générer des plantes “monstres prometteurs”, Špela Petrič a prélevé un morceau de tissu embryonnaire de l’arabette et engendré une myriade d’embryons de plantes, conçus non pas dans la graine, mais dans un incubateur. Elle a ensuite utilisé les hormones stéroïdiennes de son urine pour assister le développement de l’embryon des plantes, de manière à ce qu’en réponse, celles-ci altèrent leur schéma épigénétique et se construisent une morphologie corporelle spécifique. Ectogenesis ouvre à la magie de la communication cellulaire entre le règne végétal et animal, rappelant que les hormones sont des molécules messagères primordiales, dont la parenté est commune dans l’évolution des plantes, animaux et microbes. “Elles sont au cœur d’une ouverture à l’altérité d’autrui, comme l’accès matériel aux mondes des autres”, dit la bio-artiste.

Dans un autre travail récent, la performance durationnelle Skotopoiesis, Špela Petrič se positionne de manière statique, végétale, entre une projection de lumière et un parterre de cresson germinant. L’artiste jette une ombre sur le cresson pendant douze heures qui entraîne progressivement l’étiolement des tiges et feuilles, dans un effort de la plante pour se développer dans l’ombre. Avec cette performance, l’artiste met à l’épreuve son désir frustré de comprendre les plantes selon leurs propres termes. Se plaçant volontiers sous les auspices d’une nouvelle philosophie d’un “phytocentrisme à venir”(4), Špela Petrič constate que dans la recherche de conceptions écologiques post-anthropocentriques “les plantes représentent un défi particulier car on leur attribue traditionnellement un manque d’intériorité, d’autonomie, d’essence et d’individualité et traversent donc le tamis des discours éthiques contemporains”.
 


Skotopoiesis, Špela Petrič, 2016


Le “devenir plante” est décidément un thème éminemment contemporain et le laboratoire d’hydrodynamique Ladhyx de l’École polytechnique, qui accueille depuis plusieurs années des artistes en résidence, organisait cet automne un colloque sur le thème invitant Špela Petrič, le philosophe Michael Marder, ou encore l’artiste mexicain Gilberto Esparza (Golden Nicca Hybrid Art 2015) et le récent auteur de La vie des plantes aux Éditions Rivages, Emanuele Coccia. Le colloque était organisé à l’initiative de la chorégraphe colombienne Aniara Rodado, en collaboration avec Jean-Marc Chomaz du Ladhyx. Leur collaboration “Transmutation de Base/Migration Alien”, présentée notamment cet été au Click Festival de Copenhague et à ISEA 2017(5) en Colombie, invite les danseurs et le public à évoluer dans les émissions olfactives de six grands distillateurs de plantes médicinales en fonctionnement dans une installation. Les informations chimiques émises cherchent à éveiller des souvenirs chez le spectateur, mais aussi des mémoires enfouies dans le cerveau reptilien de l’espèce, jusqu’à provoquer une “réaction primitive, une émotion venue d’au-delà de notre propre histoire personnelle”. Rodado y introduit la transmutation de plantes issues du savoir médicinal des sorcières, des chamans ou des plantes symptomatiques de la mondialisation végétale issue du colonialisme (ici l’eucalyptus).
 


Transmutation de Base, Aniara Rodado & J-M Chomaz, 2017

Décolonisation corporelle

“D’inspiration transféministe et placée sous les paradigmes de la culture open source et du DIY-DIWO, mes collaborations se nouent aussi bien dans des laboratoires scientifiques que dans des hackerspaces, des théâtres ou en milieu rural”, nous dit Aniara Rodado. Pour ses dernières chorégraphies, elle a collaboré avec les activistes gynepunks barcelonaises Klau Kinky et Paula Pin. Leur dénominateur commun est la réappropriation des savoirs de la médecine gynécologique. Et alors que le secrétariat d’État à l’égalité femmes-hommes a commandé à l’été 2017 un rapport sur les violences obstétriques et gynécologiques en France, ces artistes, qui se qualifient volontiers de “sorcières cyborg”, soulèvent ces problèmes depuis déjà quelques années. Klau Kinky a dévoilé ainsi dans sa performance Anarcha, Betsy, Lucy y otras chicas del montón(6) les violences obstétriques sans anesthésie exercées au milieu du XIXe siècle sur trois esclaves d’Alabama, Anarcha, Betsy et Lucy, par J. Marion Sims, l’inventeur du speculum aujourd’hui considéré comme le “père” de la gynécologie moderne. Paula Pin travaillant quant à elle au sein du réseau Hackteria au développement d’outils biohacking pour analyser les fluides corporels (sang, urine, fluides vaginaux) qu’elle utilise ensuite dans des performances.

Autre artiste concernée par la décolonisation corporelle, c’est la Taïwanaise Shu Lea Cheang qui présentait récemment à la Berlinale et à la Documenta son dernier film de science-fiction cypherpunk, Fluido. Avec son nouveau projet de performance chorale, Unborn 0/9, qu’elle développe en coopération avec le fablab Echopen de l’Hôtel Dieu à Paris, Shu Lea Cheang propose de rassembler des femmes enceintes célibataires d’une ville donnée pour performer ensemble un orchestre sonore et visuel basé sur les techniques d’imagerie par ultra-sons de l’échographie. S’appuyant sur le développement par Echopen d’une version open source d’une sonde échographique connectable à n’importe quel Smartphone, Shu Lea Cheang et son équipe travaillent à convertir/hacker les ondes sonores inaudibles en fréquences audibles.

Shu Lea Cheang part du constat que “les femmes enceintes célibataires, qu’il s’agisse d’une situation accidentelle ou volontaire, constituent une nouvelle classe dans notre société ultra-moderne”. Et que pour organiser la routine pédiatrique quotidienne elles cherchent alliances et soutien communautaire. “Unborn 0/9 propose d’organiser des ateliers de biohack et de parentalité subversive. Et l’expression de l’intimité comme acte public comme l’exposition des données corporelles fait de la performance un acte de défiance.”

Il est clair que ces travaux intermédia, jouant parfois de la provocation, se déplient sous de multiples facettes mais partagent l’affirmation d’une approche critique et anthropologique de la recherche scientifique et d’une incorporation des redéfinitions du corps humain. Situé à l’intersection de nombreuses disciplines, leur aspect composite leur confère une agentivité discursive, opératoire sur le Zeitgeist, l’esprit du temps.

Article rédigé par Ewen Chardronnet


(1)…Une récente conférence Laser à Paris de F.-J. Lapointe est à consulter sur le site de l’association Leonardo (olats.org)

(2)…Lire à ce sujet sa thèse de doctorat en danse (2012).

(3)…La performance a depuis été réalisée dans différents événements comme la “Nuit Blanche’ de Montréal ou le Festival Transmediale de Berlin en 2016.

(4)…For a Phytocentrism to Come, Michael Marder, Environmental Philosophy, 11 (2) : 237-252 (2014).

(5)…International Symposium of Electronic Arts. www.isea2017.disenovisual.com

(6)…En référence au film de Pedro Almodóvar, Pepi, Luci, Bom y otras chicas del montón, 1980.

 

Article publié dans la Revue AS - Actualité de la Scénographie N°215 – octobre 2017
Le Laboratoire Arts & Technologies de Stereolux s’associe avec les Éditions AS (Actualités de la scénographie) pour une série d'articles consacrés aux technologies numériques, à l'art et au design. L'occasion de partager un point de vue original et documenté sur le futur des pratiques artistiques, en particulier dans le champ du spectacle vivant.