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Labo Arts & Techs Publié le 13/03/2019

Le film d'animation made in Roumanie - interview

Dans le cadre de la saison culturelle France-Roumanie, le Labo Arts & Techs de Stereolux invite le collectif roumain Animation Worksheep à organiser un workshop sur le stop-motion les 2 et 3 avril. Avant cette expérience, pour sûr enrichissante et amusante, qui fusionne deux cultures, deux langues dans la réalisation d'un film d'animation, le fondateur du projet Animation Worksheep, Vlad Ilicevici, présente la scène d'animation roumaine, sa structuration et ses évolutions. Belles découvertes visuelles à la clé ! 

 

- Pouvez-vous présenter Animation Worksheep ? Qui êtes-vous ? Que faites-vous ? 

Animation Worksheep a commencé avec une série de workshops organisés pendant Animest, un festival du film d'animation que j'organise. Depuis 2011, Worksheep est devenu un projet à part entière, qui constitue maintenant le seul centre d'animation dans le pays, qui déniche, travaille avec et fait la promotion de jeunes animateurs, et qui aide aussi les studios d'animation en Roumanie à recruter de jeunes talents. 
Le coeur du projet est le workshop intensif qui se déroule deux fois dans l'année, un mois au printemps et un mois en automne, pendant lequel nous reproduisons un studio d'animation professionnel, travaillant avec une vingtaine d'étudiants et cinq à sept formateurs, sur plusieurs projets d'animation qu'on développe à partir de croquis créés avec eux.  Comme on aime dire, pendant deux mois chaque année, nous devenons le plus gros studio d'animation en Roumanie ! Mais le plus important à souligner est que 70 des 120 anciens "worksheepers" travaillent maintenant comme animateurs en Roumanie ou à l'étranger. La plupart des studios d'animation en Roumanie compte dans leur équipe plusieurs "worksheepers". Certains de nos anciens élèves forment des équipes et travaillent sur de courts projets en partie financés par le CNC local. Une des raisons pour laquelle, chaque année, la compétition nationale d'Animest gagne en notoriété.
Depuis 2016 nous avons un partenariat annuel avec Cinetic et la filière Animation de l'Ecole Nationale du Film, ce qui nous aide aussi à nous développer et à produire les films des diplômés. 

 

 

 

Nous sommes trois à la tête d'Animation Worksheep, moi (Vlad), Ion et Radu. Ces derniers ont été des "worksheepers" et sont maintenant animateurs, artistes visuels, formateurs et organisateurs. Ion est aussi réalisateur (il a réalisé quelques courts-métrages).
Il y a aussi Dan Panaitescu qui est formateur permanent de Worksheep et l'une des premières personnes qui m'a rejoint dans ce projet il y a dix ans. Dan est l'un des animateurs roumains les plus prolifiques en freelance et aussi comme membre de DSG Studio. Il est également le chef animateur de Curlic et en partie celui de The Magic Mountain, deux films d'animation dont je vais vous en dire plus après. 
Moi je suis scénariste / producteur / organisateur d'événements. Je m'occupe d'un petit studio d'animation / fiction et j'étais directeur manager du festival Animest à Bucarest/ Brașov/ Chișinău et Cluj-Napoca pendant plus de 12 ans. Depuis 2017, je suis aussi manager du laboratoire d'Animation à Cinetic, et je viens juste de commencer un doctorat dans l'écriture de scénarios d'animation. 

 

 

 

- Vous organisez à Nantes un workshop sur le Stop Motion. Quelles techniques utiliserez-vous ? Qu'attendez-vous de ce workshop ? 

Nous avons l'habitude d'utiliser toutes les formes d'animation en stop-motion ; avec des marionnettes, de l'argile, du papier et même de la pixellisation. Pour le workshop de Nantes, nous allons sûrement partir sur l'animation de papiers découpés car c'est la technique qui prend le moins de temps et nous n'avons que deux jours. Nous avons aussi l'idée de traiter le thème des relations linguistiques et culturelles (ou plutôt des influences) entre la France et la Roumanie (langue, culture, nourriture, musique et plus encore). Nous avons par exemple pensé à ce que les Roumains représentent des mots ou même de la nourriture ou d'autres objets communs et particuliers aux Français, et vice-versa. Nous mixerons aussi probablement quelques chansons françaises et roumaines des années 30 pour pimenter un peu la bande-son. Le tout dans une ambiance ludique et joviale bien sûr ! Ou alors nous partirons sur quelque chose de complètement barré. On verra bien ! :) 
 

 

 

 

- Comment décrireriez-vous la scène locale d'animation en Roumanie ? 

Quand Animest a commencé en 2006, la scène locale était presque morte. Pour la première compétition roumaine, le festival n'avait reçu que deux courts-métrages ! Depuis ces 13 dernières années, beaucoup de choses ont changé et nous aimons à penser qu'Animest et Worksheep ont contribué activement à ce changement positif.
En 2008, le CNC local a séparé le concours du documentaire de celui de l'animation, signe que les choses n'étaient pas très claires avant ! 
En 2011, Curlic, le premier film d'animation roumain depuis plus de 20 ans, a reçu le Premier prix à Annecy. Et en 2015, The Magic Mountain, a aussi reçu le Premier prix à Annecy. Parmi les 60 animateurs (de trois pays différents et 4 studios) à travailler sur ce film, environ 40 étaient des anciens "worksheepers", c'était formidable. 
Certains films connaissent aussi une belle carrière en festivals : Baby Nap (Paul Muresan), The Blissful Accidental Death (D: Sergiu Negulici), The Best Costumer (Serghei Chiviriga & Ioana Nicoară), etc. Ces deux derniers ont été réalisés par des équipes constituées d'anciens worksheepers. 

 

 

La scène de film publicitaire est aussi en développement. Au milieu des années 2000 presque toutes les productions étaient importées d'autres pays. Aujourd'hui il y a de plus en plus de studios et de personnes en freelance qui produisent des contenus locaux. 

Donc je dirais que nous allons dans la bonne direction, en essayant de créer une communauté forte et productive, et en espérant qu'un jour nous parlerons d'une réelle industrie d'animation locale. 

 

 

Quelques réalisations de Worksheep