Logo Stereolux
Action culturelle Santé Publié le 04/04/2017

"L'enfant, les robots et les écrans - Nouvelles médiations thérapeutiques" : ITW de Serge Tisseron

Dans le cadre de la parution du livre "L'enfant, les robots et les écrans - Nouvelles médiations thérapeutiques" le 5 avril 2017, le psychiatre, psychanalyste et docteur en psychologie Serge Tisseron revient sur ce projet d'ouvrage collaboratif dont il est à l'initiative. Pour cet ouvrage, il s'est entouré des meilleurs experts français en médiation numérique et de quelques pionniers des médiations robotiques. L'occasion aussi de confronter l'atelier Rob'autisme, lancé depuis 2014 à Stereolux et étudié dans l'ouvrage, à d'autres expériences réalisées avec des robots Nao et des adolescents souffrants de troubles du spectre autistique (TSA). 
Les technologies numériques sont porteuses à la fois de grandes inquiétudes... mais aussi de grands espoirs !

Comment est né le projet de l’ouvrage collectif « L’enfant, les robots et les écrans : nouvelles médiations thérapeutiques » ?

La médiation thérapeutique a été introduite dans le champ du soin psychique par Mélanie Klein dans les années 1930 sous la forme du dessin et du jeu avec les enfants. D'autres formes de médiation ont ensuite vu le jour : la musique, la peinture, l'écriture, etc. et aujourd’hui les outils numériques. Le but de cet ouvrage est de montrer la continuité du numérique à la robotique ainsi que la manière dont le robot peut devenir un véritable partenaire thérapeutique. Ce dernier accompagne un travail de subjectivation dans lequel le thérapeute occupe un rôle nouveau.

Qu'est-ce qui vous a interpellé dans l'expérimentation Rob'autisme ? En quoi l'atelier Rob’autisme diffère-t-il des expériences ultérieures réalisées avec des robots Nao et des jeunes TSA ?

Les principaux programmes destinés aux enfants présentant des Troubles du Spectre Autistique (TSA) portent sur l’acquisition des compétences scolaires, notamment dans le domaine du vocabulaire, et des compétences sociales. En effet, les enfants autistes ont besoin d’une stabilité mimique de leur interlocuteur pour interagir avec lui. Or un robot parvient à proposer des mimiques stables et de signification univoque bien mieux qu’un être humain. Mais Stereolux et Sophie Sakka (de l'association Robots!) ont eu une autre idée : impliquer des enfants avec TSA dans la programmation des activités d’un NAO. Cette proposition a été retenue par Thierry Chaltiel, Laura Sarfaty et leur équipe, qui l'ont mise en application. Ils se sont alors aperçus que ces jeunes sont non seulement attirés par le robot, mais également performants dans son utilisation.

Le robot permet d'accélérer des processus tels que la découverte de soi et le développement de l'intersubjectivité.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur les autres propositions de robots créées spécifiquement pour les enfants souffrants de troubles du spectre autistique ? 

L’Université de Elche, dans la province d’Alicante, a développé un robot qu’elle présente comme un outil pour aider à la fois les autistes et leurs soignants. Ce robot, appelé Aisoy, interagit avec son utilisateur non seulement par le langage, mais aussi par des mouvements de tête, des bruits de battement de cœur, ou encore en clignant des yeux ou en levant les sourcils. D’autres travaux portent sur l’utilisation de robots dans la construction du schéma corporel chez l’enfant autiste et le développement de l’attention conjointe. Mais les résultats semblent moins clairs pour ces tâches plus spécifiques que pour l’identification des mimiques. Un petit robot ressemblant à un enfant, appelé Kaspar, est également utilisé. Il possède très peu d’informatique embarquée et sa capacité d’autonomie est très réduite. C’est pourquoi il est télé-opéré selon la méthode appelée WOZ, pour Wizard of Oz, en français «le magicien d’Oz»*. Mais les enfants n’en sont pas informés. Aucune législation ne semble exister dans ce domaine. Mais de telles pratiques posent évidemment un problème éthique.
 

* Les sujets interagissent avec un système informatisé qu'ils croient autonome, mais qui est en fait totalement ou partiellement contrôlé par un humain.

 

 

 

 

Serge TISSERON Psychiatre, membre de l’Académie des technologies,
Docteur en psychologie habilité à diriger des recherches Univ. Paris VII Diderot (CRPMS).


 


 

Collection : Inconscient et Culture, Dunod
Parution : 5 avril 2017
Serge Tisseron, Frédéric Tordo, Frédéric Chaltiel, Olivier Duris, Sonia Navarro et al.

présentation

Les technologies numériques sont porteuses à la fois de grandes inquiétudes et de grands espoirs. Et le domaine de la vie psychique n’échappe pas à cette ambivalence. Les réseaux sociaux sont accusés de rendre bête et les jeux vidéo d’inciter les jeunes à oublier l’ensemble de leur réalité quotidienne. Quant aux robots, ils sont aujourd’hui surtout perçus comme des menaces pour l’emploi, voire pour les libertés. Mais parallèlement à ces inquiétudes, des psychologues et des psychiatres de plus en plus nombreux voient dans ces nouveaux objets l’opportunité de créer des médiations nouvelles. Dans cet ouvrage, les meilleurs experts français en médiations numériques, et quelques pionniers des médiations robotiques, exposent, dans un langage clair et précis, leurs pratiques et leurs résultats. Avec Serge Tisseron, Frédéric Tordo,   O. Duris. T. Chaltiel, R. Gaboriau, S. Sakka, L. Sarfaty, B.Virole,  A. Barreau, M. Legrand, C. Liège, S. Navarro, G. Parchantour, J. Picard, E. Redois.