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Danse Publié le 21/09/2016

ET LA LUMIERE FUT

 Ljós au festival Scopitone

Pour ouvrir le bal de cette nouvelle édition de Scopitone, les Italiens de fuse* signent un retour digital et instinctif, tout en apesanteur. Mercredi soir, dans la salle maxi de Stereolux, préparez-vous à une danse aussi piquante qu'un vinaigre de Modène.

 

 

Quel est le point commun entre un astronaute, Sigur Rós, et la lumière artificielle ? C'est Ljós, la performance dansée du collectif fuse*, qu'on avait laissée avec une création au sol et qu'on retrouve...dans le cosmos.
En effet, « si ce spectacle existe, c'est un peu grâce à Sigur Rós » nous confie le collectif. A la faveur d'un périple islandais sur les traces de vidéos conceptuelles réalisées par le groupe islandais –  L'un des créateurs du spectacle se laisse emporter par le lyrisme et la lumière des grands espaces, diablement efficaces puisqu'ils poussent l'audace jusqu' à la demande en mariage à sa future femme dans un décor enchanteur. Une fois rentré au pays, un goût de revenez-y inspire alors la chorégraphie Ljós, qui signifie en islandais « lumière ». Métaphore déclinée sur scène, la performance convoque la danse en apesanteur et  la projection vidéo synchronisées en un même mouvement, le tout en temps réel. Elena Annovi ne danse pas. Elle flotte, telle une astronaute, dans la stratosphère. 

Si elle est suspendue par un harnais, la sensation n'a rien de mécanique « C'est tout à fait naturel pour le corps »  Mais moins pour la vue… Le visuel et le son sont des pièces centrales de la performance. Ils sont, au même titre que d'autres danseurs, des partenaires de scène .
C'est bien simple, Elena, c'est un peu la danseuse aux super-pouvoirs, synthèse de Wonderwoman, et de Spiderman en un seul corps, et son travail de s'intégrer dans une création qui l'englobe et la dépasse à la fois : une vue à 360 degrés, avec un oeil sur le public, un autre sur la vidéo, et un troisième sur son corps. Elle ajoute d'ailleurs qu'elle voit aussi son ombre…Peut-être parce qu'elle en est aussi la chorégraphe.

Voilà pour la danse. Et pour la technologie ? N'allez pas imaginer des geeks no-life enfermés des heures dans leur cave à algorithmes. « Tout a été très instinctif » lance Luca Camellini, superviseur des software. Et de décrire cette aventure comme un voyage de type road-trip. Pas de plan préétabli, mais une idée autour de laquelle s'est articulée un travail à tâtons, au jour le jour. Histoire de se donner le temps d'un langage commun entre danseuse, chorégraphe et artistes visuels.

Car Ljós, farouchement poétique, commence par l'histoire d'un esprit, apparue mystérieusement des profondeurs de l'espace et incarné par une enveloppe corporelle. « La danseuse, c'est ici celle qui vient prendre naturellement sa place au beau milieu d'un mille-feuille de sons, de musique et d'images ». Une délicatesse parcellaire qui fait écho, en ces temps obscurs, aux lucioles chères au cinéaste Pier Paolo Pasolini, et avant lui, au philosophe Walter Benjamin.

Dans cette galaxie interstellaire, la partition multidimensionnelle prend des allures de symphonie, ponctuée d'un point d'orgue onirique : cet instant précieux où le corps de la danseuse Elena touche le sol... « C'est la naissance de la lumière » nous murmure fuse*.

Karina Ykrelef

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